mercredi, 04 novembre 2009
Signatures et Notes de lectures
ILS VONT SIGNER !
Sur le stand des éditions Les Carnets du Dessert de Lune
Au 12e salon de l’édition et des médias indépendants de Grigny (69)
L'autre Salon Du 6 au 8 novembre 2009 - Centre Edouard-Brenot (rue Waldeck-Rousseau à Grigny)
Entrée libre - Infos et programme :
http://www.espacepandora.org Tél. : 04 72 50 14 78 espacepandora@free.fr
Samedi 7 novembre
De 15h00 à 16h00 : Roland Tixier "Avec le temps"
Claude Vercey "Mes escaliers"
De 16h00 à 17h00 : Anne-Lise Blanchard "Anonyme Euphorbe" - Jean-Louis Jacquier Roux " Foulées douces" et "Missiano"
Dimanche 8 novembre
De 16h à 17h : Ménaché "Pierres qui roulent..." et "Ellis Island's dreams”
Quelques notes de lecture à propos de l'un ou l'autre de ces titres.
AVEC LE TEMPS. Roland Tixier. Illustration Roger Groslon. Préface Christian Degoutte. 16,00 €
Au fil de ses rares publications, Roland Tixier a su conserver un ton reconnaissable autour de la forme brève. De haïku en haïku, l’univers du poète se découvre par touches minuscules, par flashes ou par arrêts sur images. L’auteur sait relier des mondes opposés dans un habile télescopage : « en survêtement Adidas / elle lit Gogol dans le métro / parfois un regard vague ». Il fait cohabiter une observation subtile de la nature en milieu urbain (oiseaux, arbres, fleurs…) et les avatars habituels de la ville (bus, métros, parkings, quais de gare,…). C’est grâce à ce rapprochement insolite qu’il parvient à déceler des signes invisibles au commun des mortels, comme une chaleur intime dans un désert de glace. « La rue est mon jardin », écrit Tixier qui excelle dans le vagabondage urbain à travers des lieux familiers : « connaître le bonheur / d’avancer droit devant / dans le monde des rues ». Et puis ce rappel permanent : « penser à prendre son temps », car on n’en a jamais fini avec le temps et sa terrible ondulation. Ce n’est pas par hasard si Jean-Louis Massot qui dirige les éditions du Dessert de Lune a choisi ce recueil comme centième titre, avec « des mots qui bruissent pour saisir le temps bien plus que d’une simple et invisible esquisse ». Juste saisir le temps pour lui voler quelques pépites.
© Georges Cathalo, in Rétroviseur N°113
ANONYME EUPHORBE. Anne-Lise Blanchard. Illustration Vio. Préface Alain Wexler. 11,00 €
Entre le vide et le trop plein du désir amoureux ou celui d’écrire, il s’agit de se jeter « jusqu’à la fissure », jusqu’à l’ébruitement de la peau et des mots.
La mer, lieu originaire, métaphorise le désir dans ses vagues hautes. S’en séparer permet de naître à soi, d’ouvrir sa propre page, de jardiner perte et vide. Dans le vif de l’entaille, se déploie « l’éventail/ de l’imaginable » où dans un clair obscur s’inventent les nages des corps. Quand se travaille la déchirure, surgit le prononçable « des lignes de partage des souffles ». Sous les griffures du papier, les chiffonnades de la peau, se cherche la distance, la bordure qui permet de « voir avec sa peau ». Alors s’agrandit l’imprévisible, s’articulent le blanc et l’inaudible. Et c’est dans « l’obstination de l’encre » que se lit l’obstination de vivre. Grâce au ressac des mots, aux ruptures de phrases et du sens, « la nuit sans bordure » rencontre le mouvant de « la lumière d’écume ».
Comme le relève Alain Wexler dans sa préface, le lecteur est placé sans cesse « au bord de quelque chose » Et pourtant dans les poussées de la « langue d’eau » de la poétesse, le désir avec sa « rouge tête de gargouille » nous fait signe. Comme si nous pouvions partager son « bleu exact », ne point craindre son « insolence face à la mer ».
© Jacqueline Persini-Panorias, in Poésie Première
FOULEES DOUCES. Jean-Louis Jacquier-Roux. Illustration Monique Delorme. Préface Pierre Présumey. 15,00 €
Plusieurs fois par an, Jean-Louis Jacquier-Roux a rendez-vous avec Giotto, Cimabue, Perugino, Masolino di Panicale, Duccio, Caravage, Fra Angelico, Piero della Francesca et autres maîtres connus ou méconnus de la peinture italienne. Il vient en Italie « se ressourcer, » guidé par Vasari, Daniel Arasse, et surtout porté par sa sensibilité de poète vers un village d’Ombrie qu’il a déjà célébré dans un précédent ouvrage au titre éponyme : Missiano. Pierre Présumey qui préface Foulées douces affirme : « Aimer ce morceau d’Italie, c’est aimer tous les autres […] Grâce à la peinture, les lieux deviennent doublement chers, une fois pour leur beauté immédiate, extérieure, une seconde pour celle qui est enfermée au fond de quelque église […] redoublant précieusement la première. ».
Sa « traque attentive » le pousse vers des trésors souvent cachés, ou tenus à l’abri des regards, à l’écart des itinéraires balisés. A Pienza, il s’attend à croiser Luzi, trois années seulement avant la mort de celui-ci : « Mario Luzi séjourne-t-il encore à Pienza, l’été ? La jeune fille de l’Office de tourisme m’affirme qu’il sort chaque soir à cinq heures. Comme la marquise… » Il suit les traces de Pavese et comme lui s’attache à « la contemplation inquiète des choses. » Auteur d’un essai sur Beppe Fenoglio, Jean-Louis Jacquier-Roux le cite à propos d’un lien virtuel entre les deux auteurs qui ne sont jamais rencontrés : « Les Langhe, Pavese les a dans le sang, moi je les vois de loin. » Dans les Langhe, justement, il se livre à « un intense pèlerinage fénoglien. » Il rapproche le Giono de L’eau vive du Fenoglio de la nouvelle Une affaire personnelle : « Ces fureurs villageoises, c’est Eschyle au pays de Tartarin. » Du résistant des Langhe, il tente d’acquérir les qualités premières : « Rester léger… Léger d’un drôle de bonheur cueilli dans le sillage de l’écrivain, dans le silence de son écriture, dans sa discrétion. »
Ces carnets d’Ombrie ne sont pas seulement un inventaire commenté des arts et lettres de l’éblouissante Italie. L’auteur sait aussi savourer l’instant, ou mieux, quelque nectar : « Un Orvieto d’or brille dans mon verre et la joie dans mon œil. » Facétieux, il ironise sur certaines situations burlesques, comme au théâtre Caporali où une fanfare cacophonique se produit : « musique d’éléphants dans une bonbonnière mais jolies femmes dans leurs habits. » La satire sait être féroce et bien ajustée : « Le sourire stupide de Berlusconi sur les affiches ressemble à un tronc d’église. »
Plusieurs tonalités se conjuguent selon l’humeur du jour, du vague à l’âme à la franche gaîté. Des hauteurs de Spello, le poète s’imagine volontiers s’établissant pour le restant de ses jours dans une de ces maisons cramponnées les unes aux autres : « Chaque ruelle en pente est une pensée débonnaire : je ferais de la philosophie à la descente et de la poésie à la montée. »
S’il mesure l’étendue du désastre après le tremblement de terre d’Assise « le cœur serré » redécouvrant « dans un tel trouble » la ville « carapacée de prothèses métalliques, » la gravité des ravages n’exclut pas une touche d’humour triste quand la pluie, « récurage essentiel, » arrose gravats et dévots : « Chantier d’Assise derrière le flux mystique, grosse chenille processionnaire toute luisante de gouttes. » Et quand il traverse, tout aussi consterné, « Montefalco à plaies encore ouvertes, » il n’oublie pas pour autant que « l’Italie est le pays de l’hyperbole et de l’imprécation. » Le rire en larmes plutôt que le rire aux larmes…
Cependant, sur un plan plus intime, il s’inquiète de la mise en vente de la maison familière des hauteurs de Missiano, au milieu des oliviers, où ses amis l’accueillent depuis tant d’années et autour de laquelle il a lui-même planté des arbres, comme par besoin obsessionnel d’enracinement : « Missiano est une piqûre indolore. » La menace est récurrente chaque fois qu’un acquéreur s’annonce ou que la rumeur circule : « Je ne suis pas de taille et nullement convaincu de mettre un prix à mon bonheur. »
Les itinéraires chéris, renchéris d’année en année, donnent la conscience quasi charnelle d’une appropriation fortement ressentie : « Beauté en mémoire. Me coucher contre elle. »
Mais ces trésors ne sont pas couvés en solitaires par Jean-Louis et M. Ils aiment à faire partager leurs découvertes, guider les amis invités de Perugia à Gubbio, de Cortona à Montefalco, et bien au-delà des limites administratives de l’Ombrie. Partout où la beauté se montre ou bien se cache pour exiger plus et mieux du regard. Il y a une quinzaine d’années, Jeanne et moi avons bénéficié de ce généreux partage et, en lisant ces Foulées douces commencées trois ans plus tard par l’auteur, j’ai réactivé beaucoup de souvenirs de ces échanges fraternels. Une citation du journaliste antifasciste Luigi Pintor, retenue par l’auteur, pourrait fort bien s’accorder à lui-même : « La simplicité est une ambition démesurée… Elle est l’essence de la liberté. »
Mais on retiendra surtout, telle la clé de cet amour à vie pour l’Italie dont le centre de gravité est la maison de Missiano : « La beauté comme but unique. »
© Ménaché
ELLIS ISLAND'S DREAMS. Ménaché. Illustration Roudneff. 8,50 €
Texte coup de poing. Ménaché dit l'écrasement devant la démesure. Le verrouillage. La détresse qui s'extériorise par des monologues, des rires, «Entre Central Park et Lincoln Center on n'entend pas les cris de Wall Street tuant les chants de Harlem». Cette réflexion sur un ordre écrasant trouve son exutoire dans le texte John l'Enfer et après. Cette verticalité, ce vertige renforce l'idée de la gravitation et cette représentation de la chute suggère le cri et cette image de l’état sauvage : «Baiser au serpent entre ciel et terre / l'état sauvage nargue l'état de droit / l'ordre n'est qu'un voleur de vie / quand la lumière des lieux / tient au laveur de vitres / et la vie du laveur / à un fil / quand la ville dresse ses épaves / ancrées / dans le 'vide infini / des rêves verticaux / quand la bête à ventouses / descend le long des falaises / de verre / alors son cri sauvage / se perd / dans l'avenue» Ce texte est synthétique, J'aime l'image de l'épave dressée vers le ciel. Autre formulation de cette peur du vide ou tout se précipite faute d'humanité ou gratte-ciel dressés comme des Titanics.
© Alain Wexler, in Verso N°136
10:45 Publié dans Demandez le programme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, récit, haïkus, anne-lise blanchard, vio, jean-louis jacquier-roux, monique delorme, ménaché, georges roudneff, roland tixier, roger groslon, claude vercey, georges curie



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