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jeudi, 26 mai 2016

Deux notes de lecture pour les nouveautés de mai 2016

Une lecture de Marcella à propos de « Quand bien même » d’Isabelle Bonat-Luciani

Le livre d’Isabelle Bonat-Luciani (suite et fin)

Le livre est beau en vrai.  Je l’ai lu hier soir puis relu quelques textes ce matin et je le relirai encore parfois car le lire c’est se donner envie de le lire. Il parle d’elle, de lui, de celles et ceux que l’on ne connait pas mais que ses mots nous offrent, il parle d'amours qui grandissent dans l’absence et d’absences si fortes qu’elles en deviennent présence, il parle de la mer, des peurs, des bouches, des robes, des silences, de la vie éternelle et de la mort éphémère, des tissus, des averses d’été, de galettes des rois, de rouge à lèvres rouge, il  parle des corps en attente.

Un petit extrait pour vos beaux yeux : « Et si j’effeuille silence après silence, et si je dénoue ta peau grain après grain, et si j’ouvre bouche après bouche et que je mêle tes mots sur ma langue, que pas après pas je grandis ton ombre pour me cacher, et si je retiens tout ce qui pourrait me confondre, et si j’écris ton nom loin d’ici, et si je tente de ne rien tenter, est-ce que demain, même s’il est déjà trop tard, tu me voudras près de tes habitudes » .

© Marcella - Quand bien même d’Isabelle Bonat-Luciani, Illustration couverture : Eric Pessan - Editions Les Editions Les Carnets du Dessert de Lune. 12 €

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Une lecture de Michel Thion pour « Pardon my french » de Frédérick Houdaer

 Houdaer nous attend au tournant. Lu cet après-midi, en vitesse, « Pardon my french » (éd. Carnets du Dessert de Lune), le dernier ouvrage de Frédérick Houdaer. Parenthèse, Houdaer ça se lit toujours en vitesse, je ne sais pas pourquoi, ça ne lui enlève rien, mais peut-être lui le sait-il ?

Poésie. « Pardon my french » c'est de la poésie. De plus en plus, pas de doute. On s'éloigne de ces « short short » qu'il aime tant, à la Fredric Brown, où seule la chute importait.

Mais pourtant, c'est bien du Houdaer, comme d'hab, par certains côtés. L'impression de marcher pieds nus dans du gravier, au lieu d'être en ballerines sur un plancher ciré, comme chez les bons poètes qui font bêtement ricaner Houdaer. Très agréable les grands planchers cirés, un peu glissants, on y danse une valse viennoise à chaque fois qu'on dit «  file-moi le sel ! »

Chez Houdaer, c'est plutôt une espèce de « frrrrtt, frrrrtt ! » que l'on soulève en marchant avec ses croquenots, dans ses racontars étranges qui trainent un peu des pieds.

Mais là, il y a un tournant, au coin du bois, là ou Houdaer nous attend. (Noter la jolie assonance « là où Houdaer » pour un peu on le chanterait…). Le tournant, c'est que Houdaer, dans ce nouveau livre, sans qu'il y paraisse vraiment, change radicalement de point de vue, sans prévenir : Il vit ce qu'il raconte au lieu de raconter ce qu'il vit, comme le Houdaer d'avant (ou bien doit-on dire l'Houdaer d'avant ?).

Le tournant, c'est que Houdaer passe ici du transfert situationnel au transfert personnel comme diraient les locuteurs de langues signées. Le texte devient performatif, le texte agit directement sur le lecteur/auditeur, le lecteur devient le poète, le texte devient poème, le texte n'agit pas sur le lecteur, le texte agit le lecteur.

Sans transition et sous les apparences de ces petits récits, plus ou moins anodins, ce qu'il nomme faute de mieux la « poésie du quotidien », on est entré en profondeur dans la poésie. C'est un choc. Vous vous baladez en pédalo le long d'une plage peinarde, vous regardez vaguement le fond de la mer à quelques mètres, et vous vous retrouvez à pédaler comme une buse au-dessus de la grande fosse du pacifique.

On n'en est encore qu'à l'orée du virage, au début de l'entrée, mais de ces virages on ne fait pas demi-tour, pas de retour en arrière.

Bref, il va mal le prendre, mais il aura tort, je dirais qu'ici et maintenant, Houdaer devient poète pour de bon.

Et ce n'est pas à cause du côté « trash » de sa langue. S'il n'y avait que ça ce serait du dumping poétique, une facilité bien peu rentable. C'est seulement une marque de justesse, d'exactitude de l'expression. En fait c'est une politesse faite au lecteur, de ne pas le prendre pour une petite chose fragile. Il est capable de vivre la vie, le lecteur d'Houdaer, et de marcher pieds nus dans le gravier. La preuve de ce que j'élucubre ici, s'il en faut une : le titre. L'expression utilisée par les anglais qui viennent de dire un gros mot comme on lâche une caisse est « pardon the french ». Houdaer, dans un joli lapsus, intitule « pardon my french ». Et le « french » d'Houdaer nous ouvre la porte de cette poésie activiste émergente à lire comme un premier livre.

© Michel Thion. « Pardon my French » de Frédérick Houdaer. Illustration de Philippe Houdaer. Editions Les Carnets du Dessert de Lune. 12 €

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