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mardi, 06 décembre 2016

A propos de Légende de Zakhor

Articles de presse à propos de Légende de Zakhor de Pierre Autin-Grenier.

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ET REVOICI PIERRE AUTIN-GRENIER

Je n’ai jamais cru au destin ni au hasard mais à un Dieu unique et farceur qui veille sur les amateurs de bonne littérature. En relisant du Brautigan, pas plus tard qu’hier j’ai repensé à un écrivain charmant, franc tireur, dont j’ai égaré les lettres qu’il m’écrivait mais pas les livres. Pierre Autin-Grenier, disparu le 12 avril 2014, connut un succès d’estime, proche de l’engouement; avec des livres brefs ( Je ne suis pas un héros, Toute une vie bien ratée, Les Radis bleus ou Analyser la situation), que l’on trouvera en poche ou pas, grâce aux bons libraires. Dans le numéro 9 de la revue Perpendiculaire, que je publiais chez Flammarion, figure un long entretien avec Autin-Grenier, en grande partie consacré à son amour et admiration pour Brautigan. Il y exprime l’essentiel et je pense que le Castor Astral devrait en tirer une jolie plaquette. En attendant, cela prouve que, comme certaines fleurs qui «sèment à tous vents», des textes fragiles, qui n’ont l’air de rien, circulent mieux et plus longtemps que les prétendus monuments (une pensée pour mon vieux camarade Philippe Sollers qui vient d’avoir 80 ans et dont personne au monde ne relit son énorme Paradis…) Donc, il fallait le souligner, Autin-Grenier n’est pas revenu frétiller dans ma mémoire comme par enchantement; j’ai été réveillé par l’envoi d’un joli bouquin, paru en Belgique, Légende de Zakhor, chez un éditeur qui m’annonce deux autres titres d’Autin-Grenier, sans doute jouissifs, Le poète pisse dans son violon et Le poète pisse encore dans son violon. Aux Editions Les Carnets du Dessert de Lune. © http://lettres.blogs.liberation.fr/auteurs/Raphael.Sorin/

Avant de parler du texte d’Autin-Grenier, il faut dire quelques mots du livre, un recueil d’un format original presque carré (14x16), publié par Les carnets du dessert de lune dans sa collection Pleine Lune. Ce recueil comporte une dizaine de textes courts, des petites nouvelles, publiés en quatre langues dont l’anglais ajouté pour cette édition, c’était bien nécessaire quand on connait le peu d’intérêt des anglais pour les langues qui leur sont étrangères. Et pour être presque complet, il ne faudrait pas oublier le portrait de l’auteur peint par Shahda que l’éditeur a placé sur la couverture, un camaïeu de rouge allant de l’écarlate au carmin en passant par le vermillon et le pourpre et quelques autres nuances encore, un portrait de feu et de sang du plus bel effet. En quelques lignes, trois ou quatre petits paragraphes, Pierre Autin-Grenier dresse un cadre, crée une atmosphère, installe une histoire, une histoire qui raconte souvent son pays, le pays où il a vécu entre Lyon et Carpentras. Il parle des chevaux qui galopent dans les prés, des couleurs qui peignent le paysage, des odeurs qui enivrent, des saveurs de ce pays qu’il semble tellement avoir aimé mais aussi de ses habitants avec leurs sentiments, leurs émotions, leurs petits travers, … Des personnages toujours modestes et même parfois un peu marginaux, des êtres souvent en butte avec le quotidien que l’auteur dépeint avec une nostalgie tendrement mélancolique. L’intensité du texte, sa densité, sa faible longueur n’altèrent en rien la fulgurance des formules : « il disait avoir vu en rêve des fenêtres se jeter dans le vide », l’éclat des images : « c’est toujours le bleu qui prend d’assaut les maisons », la flamboyance du style : « A nouveau il prendra congé et sur les tuiles mouillées du toit miroiteront des morceaux de lune », sans oublier la poésie qui envahit ces courts textes : « Il eût fallu qu’un fleuve en crue entre soudain par une fenêtre et, furieux, vienne s’étrangler sur la table pour qu’enfin nous mesurions l’étendue d’hiver qui nous séparait les uns des autres » et nous pourrions ainsi disséquer les textes de l’auteur, dénichant l’oxymore, le zeugme, l’allitération, la métaphore et bien d’autres formules de style encore mais nous deviendrions alors hérétiques à la parole toujours courte du maître es langage, Alors court faisons sans oublier que le fond de ces textes est peut-être aussi riche que leur forme particulièrement brillante. © Denis Billamboz in http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/49548

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