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lundi, 09 janvier 2017

Un lycéen a lu "Tête Dure" de Francesco Pittau

Une lecture de « Tête-dure » de Francesco Pittau, (éd. Les Carnets du Dessert de Lune) sélectionné pour le prix des Lycéens de littérature 2017, par un élève du collège des Hayeffes à Mont-Saint- Guibert.

- Tête dure.JPEGOù est la transcendance de ce bouquin ? L'auteur est un enfant. Un enfant comme tous les autres, qui vit au milieu d'adultes et qui en subit les conséquences sur son innocence. Ce livre est un pissenlit. Une fleur qui une fois fanée troque son jaune contre des pistils gris ; un enfant-soleil trop vite soumis aux radiations du gris. Et parmi tous les pistils qui composent le roman, deux se démarquent nécessairement.

Un auteur qui se met dans la tête d'un enfant dans toutes ses observations, qui est capable de se changer en enfant le temps d'un livre et d'habiter la caverne maculée des choses perçues purement et instinctivement. Un vocabulaire adapté à l'enfance. Mais qui nous révèle que les enfants comprennent bien plus de choses que ce que l'on croit, qu'ils ont déjà tout compris, qu'ils repoussent déjà difficilement le gris.

Deux. Le réalisme des scènes est mis sur le devant grâce à des précisions sonores posées comme entendues. Un chien marche sur le carrelage : « tictictictictictictic ». Agréablement surpris. Et tout à fait admirable.

Désespérance est le premier mot qui m'est venu à l'esprit lorsque le court bouquin s'est terminé. Dans une atmosphère confinée, grise et sans perspective l'auteur a décidé de clore son histoire car il ne sert à rien de poursuivre ; il ne se passe rien qui change le quotidien de Tête-dure, «Le monde est toujours là. Inchangé », alors l'auteur lui aussi emporté dans la grisaille, renonce à faire changer ce monde enfantin et pourtant gris, gris, gris pour seul gris-gris.

Pourquoi désespérance ? Que les hommes sont de violents poivrots, que les femmes sont des hystériques dociles et que mis ensemble ils détruisent leur fruit commun, leur enfant. Leur enfant qui les regarde d'en bas, dans cette zone oppressante où l'on n'ose rien dire, où il faut paraître un homme viril, marcher aussi vite que papa, être aussi pieuse que maman, leur enfant qui les regarde depuis l'innocence ce mélange d'ignorance et de pureté. Désespérance des perspectives annihilées. Aucun personnage n'est une altitude pour Tête-dure ; ce sont tous des crabes dans leur domaine, tous des incultes dans leur domaine, tous des butés, tous des rapaces qui parlent sur les proies des autres rapaces. Tête dure n'a aucun échappatoire.

Et dans cette désespérance de perspectives il y a la tête de l'enfant et ce qui s'y trame. Un monde qui s'y construit au-delà de toute barrière. Où les choses sont simples, où les cow-boys gagnent et où le monde est plein de couleurs aventureuses. L'imagination met des couleurs sur le silence du gris. Et c'est l'imagination de Tête-dure qui est son propre échappatoire de réalité. Partir loin de la vérité. Loin de maman qui crie et papa qui exècre. Partir bâtir du neuf. Où on l'écoute, où il décide, où personne ne lui dit rien. Et que si il veut, quand on frappe, le sang qui gicle n'est pas forcément rouge. Car de l'autre côté, le côté véridique, quand le sens n'est pas gris, il rougit dans la douleur. La douleur des baffes, la douleur des soumissions, la douleur des silences.

Flllawp, flllawp les pages tournent vite et l'histoire est rompue dans son hyperbole. Le ton monte, la grisaille noircit, l'appartement déjà petit se minusculise, la faible lumière se met à clignoter, les courtes phrases de Tête-dure ne sont plus que des hoquets de syllabes, les cris sont des HURLEMENTS. Quand la rage ecclésiaste de sa mère qui voit son fils incapable du notre-père assassine des mains frénétiques sur son corps remboulé, Tête-dure se voit mourir en s'endormant. Mais la vie, au demain, remplie de bleus, est toujours là, inchangée.

La désespérance de cette fatalité, de ce doigt tremblant pointé sur le flanc de la vérité des Hommes, entre les côtes du destin gris des Hommes, la désespérance m'a irrémédiablement titillé les tripes, un peu à la manière de Céline. Céline qui donnait dans l'exergue du « voyage au bout de la nuit » le remède à son lecteur pour supplanter la désespérance : l'imagination, l'imagination de Tête-dure. « Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Et puis d’abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux. C’est de l’autre côté de la vie. »

© Alexandre Jadin, collège des Hayeffes à Mont-Saint-Guibert, le 4 janvier 2017

 Pour lire un extrait ou commander ce livre c’est là (ou en librairie) : http://www.dessertdelune.be/store/p780/Tête-dure_%2F%2F_F...

Commentaires

Bravo Alexandre pour cette belle note critique.

Écrit par : Prioul Serge | lundi, 09 janvier 2017

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