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vendredi, 04 décembre 2020

3 notes de lecture + une pour les 3 dernières nouveautés

Trois notes de lecture + une pour les 3 derniers titres en 2020 des Carnets du Dessert de Lune. Titres que vous pouvez acquérir sur le site des éditions en surfant sur NOUVEAUTES ou bien en les réservant chez votre libraire.

* Celle-ci est pour : "Ça, qui me poursuit". Sylvie Durbec. Couverture François Ridard. Préface Cécile Guivarch. Pour le psychanalyste, le « ça » est l’inconscient, le refoulé. Pour le linguiste, c’est ce qui n’a pas de mots pour le dire : « ça va ? ». En combinant les deux, ce recueil s’ouvre sur l’innommable, l’inconcevable, à commencer bien sûr, par la mort, celle de l’oiseau dont « on ne sait pas » le nom, du grand-père dont on ne comprend pas les derniers mots écrits. L’auteure constate : « parfois je peux inventer / tout un monde / parfois je ne peux pas / pas même / un / tout petit » Et pourtant, « ça » me poursuit. C’est. Alors ? Alors commence l’aventure, l’épreuve, du poète : dire coûte que coûte. Par le seul pouvoir des mots, susciter la mer « qui n’existe pas » dans une bassine en plastique. Par le pouvoir d’un mot, « donc », envisager, regarder en face la mère et ses fils devenus assassins, « ça » qui est issu de moi. Et l’exemple choisi, ce fils au nom de Djokhar qu’on entend joker, comme la carte, vaut pour tous les fils, et pour toutes les mères. « On reste sans voix ». La phrase crachote comme une vieille bagnole qui refuse de démarrer, des points intempestifs en soulignent l’échec. Des fils, il y en a des milliers aussi au fond de l’océan et leurs mères sont « sans nom à murmurer, sans corps à bercer ». Et quand un mot apparaît, « riblon », il paraît inutile, déchet de fer : « Que peut faire la poésie avec ça ? » On ne choisit pas son monde, ses mots, il faut faire avec, avec la polysémie de la « grève », les glissements l’épaule / les pôles, ou ce « patrimoine » qui devient « patrimoelle » et s’apercevoir que tout fait sens, que la poésie est peut-être justement dans le non-sens de la vie, dans ce qui ne peut se dire, qui devient formule mathématique, preuve par neuf (toujours le « donc » initial). Le salut viendra peut-être d’ailleurs, des mots d’ailleurs, anglais, portugais par lesquels « la chaise cassée / donne la légèreté qui manquait / à la femme qui écrit ». Par le détour de l’autre « ça qui sauvage devant […] tout ça loin puis proche à nous toucher » peut peut-être s’apprivoiser, être ingéré, et même si la poésie « souvent se tait quand tous crient », si les filles sont « désarçonnées », il se peut aussi, tout à la fin du livre, que la barrière (de la langue ?) sourie à l’enfant car « ça, qui nous poursuit nous tient encore en vie ». Il n’est d’autre choix que d’écrire le monde.  © Alain Kewes (Décharge 188)

* Celle-ci est pour : "ultima prova d'orchestra". Michaël Glück. Couverture de Pascaline Boura. "Ce poète à l'humour rosse et noir écrit en temps de « pandémie » des textes qui tiennent de la pensée profonde, de l'aphorisme ciselé, de la notice de dictionnaire, du rappel historique, entre ferveur musicale, désir lexicologique et humeur sautillante.

Lisons :

Je connais les paroles mais j'ai oublié la musique.

Trop de glissandi dans la musique russe ! Il y a tant de skis.

La joueuse de castagnettes n'aime pas la crème de marrons.

Oui, la musique entraîne nombre de propositions qui tranchent, sèment sur la page des rencontres insolites comme si le dictionnaire avait commencé à s'effriter et à mêler ses pages. En deux ou phrases ou vers, le poète s'interroge, s'étonne, croise, définit, appose, oppose, décline ses ferveurs, ses doutes : Quand le chef lève la baguette, il faut ranger ton casse-croûte. « Jusqu'au dernier soupir pointé », Gluck aura servi la musique et autant la poésie loufoque, harmonique et déréglée que lève la créativité inassouvie." © Philippe Leuckx

* Celle-ci est pour :  "L'écart qui existe". Olivier Vossot. Couverture Pascaline Boura. Préface Albane Gellé. Un livre de deuil, remarquablement écrit. D'une densité admirable dans l'expression du chagrin éprouvé par le poète pour le proche disparu, regretté. Dans une langue sobre qui confère au texte son émotion vraie, le poète consigne passé et présent, présence de l'être cher, des lieux de vie, les silences, les moments forts. De belles images composent l'hommage intime :

En moi le noyau pleure patiemment

Le mur tout près s'imprégnait de soir,

de reflets crus.

La solitude qu'il a bue est la mienne,

C'était un autre silence,

un autre temps, l'écart qui existe entre durer et tenir.

Ce poète de quarante ans, dont c'est le deuxième livre, réussit à égrener en textes fins, économes, tout le travail de deuil qu'il lui a fallu. Rien de gratuit, ici. Pas un mot de trop. Pas un vers de trop. La langue assigne à l'émotion juste sa juste place Oui, « on ne peut que se souvenir » ; il ne reste que cela, et quand la mémoire prend ces allures de « tombeau » magistral, on se dit que la littérature fait son office.

Dans la pièce, l'air, l'odeur

font une peau aux souvenirs. Ce poète hypersensible et doué ira loin. © Philippe Leuckx

* Celle-ci est pour : "ultima prova d'orchestra". Michaël Glück. Couverture de Pascaline Boura. Avec ce troisième opus, l’auteur semble avoir bouclé son opéra. Rien que des réflexions sur la musique essentiellement classique mais pas que. On y trouve de très bons jeux de mots sur un sujet peu évident. Ceux et celles qui ne jurent que par le rapipop et la K-pop n’y comprendront pas grand-chose mais comme ils ne lisent pas… © Eric Dejaeger 

 

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