Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 17 janvier 2021

L'écart qui existe d'Olivier Vossot

L'écart qui existe 600.jpegCette note de lecture dans Terre à ciel.

L’écart qui existe, Olivier Vossot, Editions Les Carnets du Dessert de Lune

Deuxième livre pour Olivier Vossot après « Personne ne s’éloigne »paru à L’Échappée Belle. Dernier pour Jean-Louis Massot en tant qu’éditeur avant de passer la main à la Maison de la Poésie de Normandie et La Factorie. J’ai lu « L’écart qui existe » avec beaucoup d’émotion car la poésie d’Olivier Vossot est vraie, sincère, sensible et humble. La langue d’Olivier Vossot est pure. Je salue en passant le travail d’édition de Jean-Louis Massot, éditeur fort de propositions, à l’écoute et doué pour la communication.

Olivier Vossot dédie « L’écart qui existe » à son grand-père décédé mais aussi à son père. Se détache une affection pour l’aïeul, qui vient visiter le poète de nuit et avec lequel s’engage un dialogue de presque tous les jours : « tu vas mieux ». Le lien n’est pas coupé dans le deuil. Albane Gellé écrit dans la préface que lorsqu’on lit Olivier Vossot on pense à Antoine Emaz mais surtout on lit Olivier Vossot. Je n’en pense pas moins. Si l’auteur est influencé par ses pères, son écriture a sa singularité. Un thème, la transmission familiale déjà explorée dans Personne ne s’éloigne. Le pronom « on » ou encore le « tu » pour parler de soi ou de l’autre, sujets universels. La faculté de mêler le présent et le passé, d’utiliser le temps de la nuit où la rencontre est possible. Temps de l’écriture où redonner vie à ceux qui sont partis devient possible.

Traversé par le paysage, par les jours qui passent, le temps qu’il fait, neige ou pas : exprimer de cette manière un état d’esprit. Des images fortes et sensibles parcourent L’écart qui existe. Parfois en filigrane s’intercale un « se souvient-on de soi ? » Incontestablement, la disparition d’un être cher interroge le soi chez Olivier Vossot. Mais pas seulement le deuil car il est question également de souvenirs d’enfance douloureux et marqués par l’alcoolisme du père. C’est à cet égard que s’opère l’art de la composition du recueil car entre les pages dédiées au grand-père s’introduit la figure paternelle.

Cette poésie est ancrée dans les sensations du passé alternées avec celles du présent. Entre le « tu » et le « on », la frontière est mince, comme par exemple suite à la disparition du grand-père : « l’herbe a poussé depuis, sous tes pas ». Le passé infuse la mémoire par de petits gestes, de petites touches comme avec le souvenir de « son bras un soir / contre lequel je m’étais blotti ». Le temps passe, comme les saisons défilent, « des années vieillissent ». La lumière est aussi bien celle du dehors qu’une autre intérieure : « Au plus sombre du jour on se presse / comme à une lisière ». La pluie, la neige, la lumière extérieure sont prétextes à l’écriture. Tout comme les odeurs, les bruits, le silence, les paroles, la chaleur des bras, ce que l’œil voit, le jour comme il est.

Le sujet de l’alcoolisme, « fardeau d’un passé sans naissance », capable de changer un regard, une personne. « À huit ans j’ai su que j’avais peur de lui, de son mal être ». Et une autre révélation « la solitude qu’il a bue est la mienne ». Mais la clarté est toujours présente dans la poésie d’Olivier Vossot : « la lumière goutte avec le soir ». Tout s’entremêle : les souvenirs à la nature, le jour à la nuit, le père au grand-père, le soi et le vous. Le « silence de n’être plus que soi » fait surface à un moment de l’écriture, de la conscience. Ecrire libère du poids de ceux qui nous ont précédés, de la douleur d’un deuil, qui parfois empêchent d’être. Ce poids dure comme un silence et se tait longtemps. Comme une angoisse ancienne accrochée en soi comme les feuilles dans un arbre. A un moment elles finissent par tomber. Cela laisse place à la sérénité, à une certaine tendresse que certains décideront de retenir de ce livre, celle pour ce grand-père qui écrivait des poèmes. A cette caractéristique indéniable de l’humain :

« Nous portons notre ombre / en terre, n’habitons / que clarté sans voir la clarté », Olivier Vossot finalement répond que « la lumière éclate sous l’arbre ». Je le reçois comme une invitation à s’ouvrir à la vie.

 

L’ombre se décolle peu à peu

le soir, l’herbe claire pour les pas.

On n’entend plus les aiguilles

la terre est molle,

ni le cri à l’intérieur,

qu’on ne peut nommer.

Quelque chose se pose sous les embruns,

le vent sur nous colle.

On marche à travers ce qui arrive

comme si cela nous était dit.

© Cécile Guivarch in Terreaciel janvier 2021

(Ce livre peut être commandé dans n'importe quelle librairie ou, à partir du 25 janvier, à La Factorie - Maison de Poésie - Normandie où les Dessert de Lune continuent leur route.) Mail : carnets delune@gmail.com

Écrire un commentaire