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vendredi, 03 février 2017

Des articles de presse sur des récentes parutions

Pour lire des articles de presse à propos de Bestiolerie potagère, cliquez sur LA

Pour lire des articles de presse à propos de Dans le spleen et la mémoire, cliquez  ICI

Pour lire des articles de presse à propos de Datés du jour de ponte, cliquez LA

Pour lire des articles de presse à propos de Encore une nuit sans rêve, cliquez ICI

Pour lire des articles de presse à propos de Je respire discrètement par le nez, cliquez LA

Pour lire des articles de presse à propos de Légende de Zakhor, cliquez  ICI

Pour lire des articles de presse à propos de Pardon my french, cliquez LA

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mercredi, 01 février 2017

Légende de Zakhor

Légende de Zakhor.jpgUn article signé Jacques Josse paru sur Remue-net

« L’air halluciné, il disait avoir vu en rêve des fenêtres se jeter dans le vide ! », Pierre Autin-Grenier

La légende a toujours été présente dans l’œuvre de Pierre Autin-Grenier et celle de Zakhor, déclinée ici en dix séquences, en est une belle illustration. Le personnage évoqué est intemporel. Il est porteur d’énigmes. On ne sait d’où il vient. Il semble parfois un peu fou. A l’air de s’y connaître en prédictions. Il parle aux chevaux et s’avère capable, grâce à la pertinence de ses réflexions, d’ouvrir en une seconde la part d’inconnu que chacun porte en soi.

« Souvent, par les fenêtres entrouvertes sur la lune naissante, giclent au ciel des bandes de chats sauvages, toutes griffes tendues vers les étoiles. »

Celui qui choisirait d’ignorer cette étrange vérité, énoncé d’un ton calme et mesuré, un soir où les hommes s’en retournaient au mas en suivant un chemin qui leur était familier, risquerait bien d’être frappé de stupeur en voyant, un dimanche matin, un chat surgir d’entre les jambes d’un encordé suspendu à une branche, à quelques mètres au-dessus du sol.

Cet homme – qui n’est jamais nommé – perçoit des choses qui restent étrangères à ceux qui le côtoient. Il s’exprime peu et ses paroles sont empreintes de mystère. Ceux à qui elles s’adressent doivent les interpréter en se détachant légèrement de cette terre qui les happe un peu plus chaque jour et qui n’a de cesse de les aspirer totalement. Il les met en garde et la plupart savent lui en être redevables. D’autres s’en moquent.

« Les vieux et les femmes comprenaient l’urgence d’extirper de nos cœurs indifférence et cruauté, ainsi l’on arrache le chiendent des guérets. Les autres, dans son dos, à voix basse le traitaient d’innocent et se gaussaient de ses balivernes. »

Il a débarqué un beau jour, s’est peu à peu imposé à tous et a disparu comme il était venu, sans crier gare, en ne donnant plus jamais signe de vie mais en laissant derrière lui des traces et des sentences indélébiles. Que tous se remémorent de temps à autre, en particulier quand le village se retrouve frappé par l’un ou l’autre de ces coups de dé du destin qu’il avait plus ou moins prédits.

« Lorsque par une nuit de forte bourrasque celui qui dormait au milieu des chevaux, le plus jeune des nôtres, succomba, alors on ne le revit ; ni matin suivant ni autres matins. Depuis nous voici seuls face au ciel vide, en vain cherchant à nous réconcilier avec les ombres ».

Publiés une première fois par la revue "L’Arbre à paroles" en 1996 en Belgique, puis réédités en Allemagne en 2002 par les éditions "En Forêt", traduits en allemand par Rüdiger Fisher et en italien par Fabio Scotto, les textes qui composent Légende de Zakhor sont présentés ici en quatre langues, la traduction en anglais, qui s’ajoute à la précédente édition, étant réalisée par Dereck Munn.

© Jacques Josse - 28 janvier 2017 in http://remue.net/spip.php?article8647

lundi, 30 janvier 2017

Une note de lecture pour "Datés du jour de ponte"

Datés du jour de ponte.jpegCette note de lecture de Georges Cathalo à propos de "Datés du jour de ponte" de Bernard Bretonnière. Ce livre peut être commandé sur le site des éditions www.dessertdelune.be et/ou dans toutes les bonnes librairies.

Si ce livre se présente sous la forme d’un journal de bord avec des dates sans millésime (de 2000 à 2005 paraît-il), il ne doit pas être lu à la manière d’un panorama à usage unique et personnel. Dans sa démarche descriptive et réaliste, Bernard Bretonnière prend soin de ne retenir que de menus faits dans lesquels le lecteur pourra se reconnaître. Il y évoque dans de brefs poèmes quelques membres de sa famille, son père, ses enfants et surtout Reine, sa compagne et sa reine… Il parle aussi de sa maison nouvellement achetée et retapée. Dans le domaine poétique, l’auteur parle d’une escapade à la rencontre des « poètes au teint pâle du Marché de la Poésie » en juin à Paris. On croise aussi des poètes qu’il affectionne tels que Pierre Tilman, Valérie Rouzeau, Jean-Damien Chéné ou Jacques Rebotier. On a droit ensuite à un « art poétique » souriant où un seul et même alexandrin (« Ce jour où je comprends que je suis un mortel ») est décliné en six versions différentes, en passant par le relais du poème de la page 50 : « Je meurs et je / renais / nous ne cessons de mourir et de renaître : / voilà / ce que je comprends aujourd’hui / de ma vie et de nos vies ». On retiendra de ce livre original la tonalité doucement mélancolique et sans pathos dans une démarche humaniste avec de sobres retours sur soi : « est-ce-que j’ai le droit de pleurer ? ». 
© Textures, Georges Cathalo.

mercredi, 25 janvier 2017

Pierre Autin-Grenier - Shahda "Légende de Zakhor"

Deux notes de lecture pour « Légende de Zakhor » de Pierre Autin-Grenier, rehaussé d’un portrait de l’auteur en couverture par Shahda.

Collection Pleine Lune. Editions Les Carnets du Dessert de Lune. 13 €. http://www.dessertdelune.be/store/p823/Légende_de_Zakhor_...

Dans  "Légende de Zakhor" que viennent de rééditer, en quatre langues, les éditions "Les Carnets du Dessert de Lune", Pierre Autin-Grenier en appelle plutôt, avec un rire mêlé d'inquiétude et de nostalgie, au mystère, mais un mystère qui rôde aux abords du réel, qui même en jaillit souvent, surtout de ce quotidien des gens rudes des campagnes pour lesquels cet écrivain éprouve une grande tendresse : C'est au creux de l'ordinaire que le merveilleux va le plus souvent faire son nid", écrit-il.

Mais quel est donc ce "il" qui traverse le livre et en même temps la vie, venant de nulle part et allant nulle part, cet étranger pourtant si intime dont on ne sait rien, hormis les sentences qu'il lance à la cantonade et dont on ignore si elles sont porteuses de clés : "Prenez garde de n'offenser les ombres, car une nuit remplie de chiens sans cesse braconne dans les faubourgs". Comme dans le rêve, ce qui doit rester énigmatique reste énigmatique, mais cela nous parle derrière le sens même si nous ne comprenons pas, parle à notre nuit profonde, de nuit à nuit, l'énigme sans cesse relancée jusqu'à cette question centrale qui nous interroge tous : qui suis-je ? Que fais-je ici ? S'il y a un mystère, c'est celui de notre présence au monde.

Extrait : – «Rien, dit-il, une épingle». Il se pique le bout du doigt; perle une goutte de sang qui s'en va mourir sur sa chemise de lin. Comme nous restons surpris, il rassure : «Qu'adviendrait-il de nous si nous étions compris du premier venu et quel châtiment mériterait semblable étourderie ?» Il est vrai, nous ne saisissons pas toujours le sens caché de ses sibyllines sentences. Ainsi, souvent dit-il : «Il faut savoir vivre seul et dans le souvenir lointain des étrangères.» Puis il tire la porte derrière lui. Dehors, trouant le ciel humide, brûlent des étoiles.© Alain Roussel in http://alainroussel.blogspot.be

Paru dans le bimestriel « Sortir à Berlingotville et Alentour » sous la plume de Malika del Amo. www.berlingotville.com

Légende.jpeg

mardi, 17 janvier 2017

Où l'on parle de "Grains de fables de mon sablier"

Sur le blog de La Mare aux mots, Sarah chronique « Grains de fables de mon sablier » de Jean-François Mathé et Charlotte Berghman paru dans la collection jeunesse Lalunestlà. http://lamareauxmots.com/blog/poesie-mon-amour/

charlotte berghman,jean-françois mathé

dimanche, 15 janvier 2017

"La Patagonie" de Perrine Le Querrec

perrine le querrec, jean-marc flahautDiscours de Michel Collot lors de la remise du prix du premier recueil de poésie 2016 de la fondation Antoine et Marie-Hélène Labbé à Perrine Le Querrec pour son recueil « La Patagonie » publié aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune. Vous pouvez écouter ce texte ICI

Et puis lire des extraits ou bien l’acquérir sur le site des éditions  ou encore chez votre libraire habituel.

Perrine Le Querrec n’en est pas à son coup d’essai ; elle s’est déjà illustrée dans différents genres : roman, théâtre, essai mais elle n’a abordé qu’assez récemment la poésie, qui semble avoir pris une importance croissante dans son travail. On constate souvent le mouvement inverse : certains auteurs commencent leur carrière en publiant des poèmes puis se tournent vers d’autres genres, notamment vers le roman, dans l’espoir, sans doute, de conquérir un plus large public. Bien loin de ces considérations éditoriales, Perrine Le Querrec est venue à la poésie, sous la pression d’une nécessité tout intérieure et avec tout l’acquis de son travail d’écriture antérieur, ce qui fait de son premier recueil un coup de maître. Il est vrai que ses précédents ouvrages revêtaient déjà une dimension poétique, témoignant de sa capacité à inventer un langage qui lui soit propre, éloigné des standards habituels de la communication littéraire. À propos de La Patagonie, pour marquer ses distances vis-à-vis du récit romanesque ou autobiographique, elle prend soin de préciser : Je n’écris pas une histoire mais une langue, je n’écris pas une situation mais une forme, je n’écris pas des personnages mais des langages (p. 20).

Reste à savoir de quelle forme et de quelle langue il s’agit. Avons-nous bien affaire ici à de la poésie ? Le mot n’est inscrit ni sur la couverture ni dans la page de titre et il n’est guère présent dans le livre. On y trouve un certain nombre de poèmes en vers libres mais aussi une majorité de courts textes en prose, qu’on pourrait qualifier, comme le fait Jean-Marc Flahaut dans sa préface, de « récits brefs » : s’agit-il de poèmes ? Sans doute, si l’on veut bien admettre que, depuis Baudelaire au moins, il existe des poèmes en prose et qu’ils peuvent prendre une allure narrative, comme c’est souvent le cas déjà dans Le Spleen de Paris. Ce qui contribue à donner à ces textes, visuellement, l’aspect d’un poème, c’est qu’ils tiennent tous dans l’espace d’une seule page : cette délimitation permet de donner à la prose la condensation propre à la poésie.

Mais ce mélange entre vers et prose n’introduit-il pas une certaine discontinuité, une certaine hétérogénéité qui peut décevoir le lecteur qui attend d’un recueil de poèmes une certaine unité ? Dans la préface de ses Petits Poèmes en prose, Baudelaire écrivait à son ami et éditeur Arsène Houssaye : « Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu’il n’a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture (…). Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part ».

Perrine Le Querrec revendique elle-même une « écriture à coup de ciseaux » (p. 81). L’accent mis sur les ruptures et les discontinuités est sans doute une des caractéristiques majeures de la modernité poétique mais on oublie trop souvent que la poésie a toujours été un art de la coupe, de la découpe : le vers lui-même est une ligne interrompue, qui ne remplit pas le cadre de la justification. Dans la versification régulière, ces coupes étaient cependant intégrées à une certaine régularité ; le vers libre et le poème en prose les ont mises plutôt au service de la diversité, s’écartant ainsi de l’idéal d’unité et d’harmonie qui était celui de la tradition poétique pour exprimer les expériences nouvelles que nous offre la vie moderne et que Baudelaire plaçait déjà sous le signe de la diversité, qu’il s’agisse des « soubresauts de la conscience » ou de la vie des « villes énormes » où se mêlent les populations et les choses les plus diverses.

Cette diversité affecte aussi la langue de la poésie qui, au lieu de se cantonner dans le registre noble et élevé qui a été longtemps le sien, s’est ouverte à une grande variété de tons, de styles, et de lexiques : on rencontre ainsi dans La Patagonie des mots et des tournures qui relèvent d’un niveau de langue familier et qu’on pourrait qualifier de prosaïques. Mais, dans le contexte où ils s’insèrent, ils contribuent à réaliser le « miracle » baudelairien « d’une prose poétique » « assez souple et assez heurtée » pour dire cette « réalité rugueuse à étreindre » que la poésie moderne doit affronter, selon le vœu de Rimbaud à la fin d’Une Saison en enfer. Car cette recherche d’une forme et d’une langue irrégulières et singulières ne relève pas ici d’une démarche formaliste : elle naît du besoin d’exprimer une expérience elle-même marquée, on le sent à chaque page, par bien des heurts et des ruptures. « Il n’y a rien de plaisant à (le) lire », rien de confortable, rien de réconfortant » (p. 20), car ce que cherche à dire Perrine Le Querrec est foncièrement dérangeant, de nature à déstabiliser non seulement le lecteur mais l’auteure elle-même, en bousculant toutes les conventions sociales, morales et littéraires.

Ce qui se donne à lire dans ce livre, c’est notamment la souffrance d’une enfance qui « sent toujours le carnage » (p. 47), la violence familiale et la guerre, l’injustice sociale, la détresse des SDF et des malades mentaux. L’écriture s’y rapproche souvent du cri, qui s’oppose à la recherche d’un beau et haut langage ; mais sa violence même lui confère une intensité que je n’hésite pas à qualifier de poétique. En effet, Perrine Le Querrec ne cède jamais à la tentation de l’expressionnisme à laquelle succombent souvent les poètes qui croient nous émouvoir en étalant à longueur de pages leurs états d’âme et leurs malheurs et qui confondent le lyrisme avec le pathos. Pour dire ses affects, elle a su trouver, à force de précision et de concision, une langue et une forme qui à la fois les exprime et les sublime pour créer ce que j’appelle après René Char une « matière-émotion ».

Beaucoup de ces textes ont une résonance nettement autobiographique ; mais ils ne composent pas un récit de vie conventionnel et linéaire. Ce sont plutôt des souvenirs et des images qui reviennent par flashes, des fragments d’existence qui ont d’autant plus de présence qu’ils ne sont pas pris dans la trame d’une narration continue. Par conséquent ils ne restent jamais enfermés dans la sphère de la vie privée, de l’histoire personnelle : la souffrance qui s’y avoue reste ouverte à la douleur d’autrui. Dans son expression la plus forte, le lyrisme n’est pas l’expression narcissique de l’ego et de ses sentiments intérieurs mais celle d’une émotion qui fait sortir de soi le poète pour le porter à la rencontre des autres et du monde.

Ce qui donne aussi à l’écriture de Perrine Le Querrec sa qualité indiscutablement poétique, c’est un sens du rythme qui est devenu rare, y compris chez ceux qui écrivent en vers réguliers. Pour rythmer ses poèmes, elle recourt à l’un des procédés les plus caractéristiques et les plus classiques de la poésie, qui est la répétition. Celle-ci est une des sources du rythme, à condition de ne pas devenir mécanique et de laisser place à la variation, de manière à produire non pas une simple redite mais, comme en musique, une reprise qui fait avancer et qui relance le mouvement de l’écriture. Ce rythme, fait de répétitions et de variations, on peut l’entendre aussi bien dans les poèmes en vers libres que dans les textes en prose. Il permet notamment à Perrine Le Querrec d’exorciser la violence qui s’exprime dans les pages de son livre. Une des manifestations du traumatisme, selon Freud, c’est la tendance à se répéter et à le répéter ; mais c’est aussi grâce à la répétition de certaines paroles, de certains gestes que l’on peut en maîtriser l’impact, comme l’enfant qui joue à lancer loin de lui et à ramener vers lui sa bobine, mimant ainsi le départ de sa mère tout en se donnant l’espoir de la voir revenir. La répétition permet à la fois d’exprimer et de maîtriser le traumatisme, comme le rythme lancinant des chants de deuil dans les sociétés traditionnelles, ou celui des poèmes d’Henri Michaux, qui a pour lui valeur d’exorcisme face aux épreuves personnelles et collectives.

C’est à une telle conversion de la souffrance en poésie que parvient dans ce livre l’écriture de Perrine Le Querrec. C’est du moins l’effet qu’elle produit sur moi : j’ai été pris par la lecture de ce livre, qui à la fois m’a fait vivre et revivre des expériences douloureuses et m’a fait accéder peu à peu à cette « paix dans les brisements » dont parlait Michaux. Il se dégage en effet de certaines pages de Perrine Le Querrec une sérénité paradoxale ; la violence et la virulence de son propos ne rendent que plus précieuses et plus significatives les brusques échappées qu’elle nous procure vers la tendresse et la merveille de vivre, comme dans ce bref poème, où la chute devient envol, grâce à quelques mots en suspens sur la page :

En rentrant chez elle,

elle a croisé un papillon qui dévalait l’escalier

sans jamais toucher le sol.

samedi, 14 janvier 2017

Un article pour "Datés du jour de ponte"

Datés du jour de ponte.jpegBernard Bretonnière, Datés du jour de ponte (Les Carnets du Dessert de Lune) - Monotype de Jeanne Frère. Préface de Jean-Pierre Verheggen

Datez-vous vos poèmes (vos écrits, en général) ? Ce pourrait être une oiseuse question pour poéteux (comme l’allée à la ligne, dont ce recueil offre d’ailleurs de réjouissantes occurrences ou la majuscule de début de vers). Bernard Bretonnière, heureusement, n’en a cure, d’ailleurs il n’aime pas les poètes : les poètes de juin / à Saint Sulpice / me font changer de trottoir, les lectures de poésie l’ennuient, voire pis : nombreuses les lectures remèdes à la poésie / le poète est assis / (...) il lit, jambes croisées / il n’a pas deux trous rouges au côté droit / mais une merde de chien sous le pied gauche. Quant à se croire poète lui-même, le titre suffit à nuancer la pompe créatrice. Reste que tous les poèmes (car oui, cent fois oui) sont dument datés, dessinant un journal discontinu, car il y a des trous, ceux qui manquent sont sans doute les meilleurs : envolé le poème / que je voulais écrire hier envolé mais qu’importe. Dans sa préface, Jean-Pierre Verheggen convoque à juste titre la figure de Buster Keaton : mélancolie, burlesque, et surtout une infinie tendresse pour parler de ceux qu’on aime, femme, enfants, amis poètes ou non. Et si l’on s’effare parfois que nous allons devenir / bientôt / de vieux messieurs, si l’on ne se reconnaît pas toujours dans ce type qu’on est aujourd’hui, loin des rêves d’antan, si la vie peut avoir l’ironie cruelle en offrant un pyjama trop petit, il y a aussi et surtout tant de raisons d’aimer encore, de croire encore parce que quoi la poésie dérisoire peut-être nous aide. Alors, rosiers taillés ou feuilles mortes embrouettées, il importe de ne pas passer à côté sans les saluer d’un dire. Comment vous écrire / le sourire de la femme inconnue / qui me maintient en vie depuis bientôt deux heures ? Et l’on comprend soudain la nécessité de ce journal, de ces dates de cet inventaire compulsif. C’est qu’il s’agit de vivre et d’aimer. © Alain Kewes In Décharge 172

"Datés du jour de ponte" Lu par Georges Cathalo

Datés du jour de ponte.jpegBernard Bretonnière : « Datés du jour de ponte »

Si ce livre se présente sous la forme d’un journal de bord avec des dates sans millésime (de 2000 à 2005 paraît-il), il ne doit pas être lu à la manière d’un panorama à usage unique et personnel. Dans sa démarche descriptive et réaliste, Bernard Bretonnière prend soin de ne retenir que de menus faits dans lesquels le lecteur pourra se reconnaître. Il y évoque dans de brefs poèmes quelques membres de sa famille, son père, ses enfants et surtout Reine, sa compagne et sa reine… Il parle aussi de sa maison nouvellement achetée et retapée. Dans le domaine poétique, l’auteur parle d’une escapade à la rencontre des « poètes au teint pâle du Marché de la Poésie » en juin à Paris. On croise aussi des poètes qu’il affectionne tels que Pierre Tilman, Valérie Rouzeau, Jean-Damien Chéné ou Jacques Rebotier. On a droit ensuite à un « art poétique » souriant où un seul et même alexandrin (« Ce jour où je comprends que je suis un mortel ») est décliné en six versions différentes, en passant par le relais du poème de la page 50 : « Je meurs et je / renais / nous ne cessons de mourir et de renaître : / voilà / ce que je comprends aujourd’hui / de ma vie et de nos vies ». On retiendra de ce livre original la tonalité doucement mélancolique et sans pathos dans une démarche humaniste avec de sobres retours sur soi : « est-ce-que j’ai le droit de pleurer ? »

© Georges Cathalo in revue Verso

lundi, 09 janvier 2017

Un lycéen a lu "Tête Dure" de Francesco Pittau

Une lecture de « Tête-dure » de Francesco Pittau, (éd. Les Carnets du Dessert de Lune) sélectionné pour le prix des Lycéens de littérature 2017, par un élève du collège des Hayeffes à Mont-Saint- Guibert.

- Tête dure.JPEGOù est la transcendance de ce bouquin ? L'auteur est un enfant. Un enfant comme tous les autres, qui vit au milieu d'adultes et qui en subit les conséquences sur son innocence. Ce livre est un pissenlit. Une fleur qui une fois fanée troque son jaune contre des pistils gris ; un enfant-soleil trop vite soumis aux radiations du gris. Et parmi tous les pistils qui composent le roman, deux se démarquent nécessairement.

Un auteur qui se met dans la tête d'un enfant dans toutes ses observations, qui est capable de se changer en enfant le temps d'un livre et d'habiter la caverne maculée des choses perçues purement et instinctivement. Un vocabulaire adapté à l'enfance. Mais qui nous révèle que les enfants comprennent bien plus de choses que ce que l'on croit, qu'ils ont déjà tout compris, qu'ils repoussent déjà difficilement le gris.

Deux. Le réalisme des scènes est mis sur le devant grâce à des précisions sonores posées comme entendues. Un chien marche sur le carrelage : « tictictictictictictic ». Agréablement surpris. Et tout à fait admirable.

Désespérance est le premier mot qui m'est venu à l'esprit lorsque le court bouquin s'est terminé. Dans une atmosphère confinée, grise et sans perspective l'auteur a décidé de clore son histoire car il ne sert à rien de poursuivre ; il ne se passe rien qui change le quotidien de Tête-dure, «Le monde est toujours là. Inchangé », alors l'auteur lui aussi emporté dans la grisaille, renonce à faire changer ce monde enfantin et pourtant gris, gris, gris pour seul gris-gris.

Pourquoi désespérance ? Que les hommes sont de violents poivrots, que les femmes sont des hystériques dociles et que mis ensemble ils détruisent leur fruit commun, leur enfant. Leur enfant qui les regarde d'en bas, dans cette zone oppressante où l'on n'ose rien dire, où il faut paraître un homme viril, marcher aussi vite que papa, être aussi pieuse que maman, leur enfant qui les regarde depuis l'innocence ce mélange d'ignorance et de pureté. Désespérance des perspectives annihilées. Aucun personnage n'est une altitude pour Tête-dure ; ce sont tous des crabes dans leur domaine, tous des incultes dans leur domaine, tous des butés, tous des rapaces qui parlent sur les proies des autres rapaces. Tête dure n'a aucun échappatoire.

Et dans cette désespérance de perspectives il y a la tête de l'enfant et ce qui s'y trame. Un monde qui s'y construit au-delà de toute barrière. Où les choses sont simples, où les cow-boys gagnent et où le monde est plein de couleurs aventureuses. L'imagination met des couleurs sur le silence du gris. Et c'est l'imagination de Tête-dure qui est son propre échappatoire de réalité. Partir loin de la vérité. Loin de maman qui crie et papa qui exècre. Partir bâtir du neuf. Où on l'écoute, où il décide, où personne ne lui dit rien. Et que si il veut, quand on frappe, le sang qui gicle n'est pas forcément rouge. Car de l'autre côté, le côté véridique, quand le sens n'est pas gris, il rougit dans la douleur. La douleur des baffes, la douleur des soumissions, la douleur des silences.

Flllawp, flllawp les pages tournent vite et l'histoire est rompue dans son hyperbole. Le ton monte, la grisaille noircit, l'appartement déjà petit se minusculise, la faible lumière se met à clignoter, les courtes phrases de Tête-dure ne sont plus que des hoquets de syllabes, les cris sont des HURLEMENTS. Quand la rage ecclésiaste de sa mère qui voit son fils incapable du notre-père assassine des mains frénétiques sur son corps remboulé, Tête-dure se voit mourir en s'endormant. Mais la vie, au demain, remplie de bleus, est toujours là, inchangée.

La désespérance de cette fatalité, de ce doigt tremblant pointé sur le flanc de la vérité des Hommes, entre les côtes du destin gris des Hommes, la désespérance m'a irrémédiablement titillé les tripes, un peu à la manière de Céline. Céline qui donnait dans l'exergue du « voyage au bout de la nuit » le remède à son lecteur pour supplanter la désespérance : l'imagination, l'imagination de Tête-dure. « Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Et puis d’abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux. C’est de l’autre côté de la vie. »

© Alexandre Jadin, collège des Hayeffes à Mont-Saint-Guibert, le 4 janvier 2017

 Pour lire un extrait ou commander ce livre c’est là (ou en librairie) : http://www.dessertdelune.be/store/p780/Tête-dure_%2F%2F_F...

samedi, 07 janvier 2017

2 notes de lecture pour 2 Dessert de Lune

Carnet d'un petit revuiste.jpg         Datés du jour de ponte.jpeg

Des articles de presse pour 2 Dessert de Lune

C’est paru sur le site de Libération : http://next.liberation.fr/culture-next/2017/01/01/aujourd...

Un article pour « Carnet d’un petit revuiste de poche » de Jacques Morin

Malheurs d’un meneur de revue. Jacques Morin anime la revue Décharge depuis 1981, autant dire depuis la nuit des temps, tant les publications consacrées à l’actualité poétique ont habituellement une faible espérance de vie. C’est sa charge ingrate de «revuiste» blasé mais passionné qu’il décrit dans le petit recueil savoureux qui vient de paraître chez les Carnets du dessert de Lune. «Le revuiste vit revue. Il ne marche pas à l’année, avec une date bien précise d’anniversaire. Il marche au trimestre et au quantième. Il vieillit à chaque livraison, et il fait bien son nombre de numéros.» Plus loin : «Le revuiste n’a pas d’écurie, pas d’auteurs, contrairement à l’éditeur. Il publie nombre de gens mais sans pouvoir s’enorgueillir d’aucun.» On souhaite quand même au revuiste une bonne année (et bon courage). © Guillaume Lecaplain in Libération 01/01/2017

Et un autre article sur le site de Texture : http://revue-texture.fr/carnet-d-un-petit-revuiste-de.htmlL’année 2017 s’ouvre, pour les abonnés de la revue Décharge, par un petit cadeau fort plaisant tombé dans leur boîte aux lettres : « Carnet d’un petit revuiste de poche », « petit » format en effet (10 X 14), 22 pages, dont 12 consacrées au sujet − autant que pour boucler une année de parutions.

Après « J’écris », publié en février 2016 aux éditions Rhubarbe, Jacques Morin raconte dans cet opuscule ce qui fait son quotidien : son « dévouement exclusif », obsessionnel à sa revue, « genre ingrat » s’il en est, son absence d’illusions sur son retentissement tout autant que son bonheur d’entrer dans un texte et de se sentir « au diapason avec un auteur ». Son moteur est là, pour tout dire.

Un livre en entraînant un autre, c’est bientôt une pile « vertigineuse » qui accapare le critique. Son « rythme biologique » change tant sa vie est calquée sur la parution chronométrée des numéros. Pourtant il faut bien sortir la tête du bouillon de temps en temps, ne serait-ce que pour soutenir une nouvelle course.

Alors la nage vaut-elle l’effort ? Oui, sinon c’est la noyade assurée, le retour à l’anonymat des poètes. Tout est transitoire en ce monde, le revuiste plus que quiconque. Sa revue dure sur sa ferveur, son élan, son entraînement. Rien n’est facile : une bonne dose d’humour et de fermeté est nécessaire pour désarmer les fâcheux toujours prompts à critiquer tel ou tel contenu. Et à la différence de l’éditeur, le revuiste doit sans cesse « renouveler son lectorat et ses abonnés ». Arrivé en bout de bassin, aucune pause, il lui faut impérativement relancer la machine et s’avaler d’autres longueurs, encore et encore.

Si Jacmo continue ainsi depuis 35 ans et quelque 170 numéros, c’est que l’énergie de sa revue continue d’alimenter sa petite dynamo intérieure, la poésie étant, on le sait bien, une énergie autocréatrice et autorégénératrice.

Meilleurs vœux donc pour 2017 à la revue Décharge et à ses consœurs !  © Marilyse Leroux inTexture, janvier 2017

Sur le site https://www.mobilis-paysdelaloire.fr/magazine/livres/date... un article pour « Datés du jour de ponte » de Bernard Bretonnière

Datés du jour de ponte, le nouveau recueil de Bernard Bretonnière — et dans son panier, perce l'amour du livre, de l'écriture, des poètes, des hommes.

Poule pile, ponte et poésie . Ces Datés du jour de ponte n'ont rien de datés. De courts textes avec pour titre, la date, le jour. L'année, inutile de préciser l'année car ils ont beaux être marqués du sceau du jour, ils sont intemporels. Bernard Bretonnière avec ce nouveau recueil émeut, fait sourire ou rire.

Laqués du jour de ponte

Ces Datés du jour de ponte ont gardé intact leur fraicheur. Seraient-ils chinois, sans attendre 100 ans ? Avec des mots courants, comme la vie qui court, Bernard Bretonnière sait s'arrêter. Où il faut et quand il faut. Les petits maux comme les grands, l'auteur les dessine avec finesse.

Pas de circonvolution ni d'emphase, non. De l'empathie oui. Pour le genre humain, même si parfois une colère affleure, Jeudi 13 mars. Mais Bretonnière ne s'emporte pas à outrance. Des cons il fait constat. Point. La délicatesse et la tendresse éclairent son humanisme. Ces Datés  rappellent parfois le Prévert de La grasse matinée, ils peuvent se briser sur le bord du zinc.

Les mots pour le rire, pour le pire. Bernard Bretonnière rit, de nous, de lui, sans distinction. Avec la lézarde qui fissure notre quotidien, Bretonnière nous prend souvent en flagrant de sourire. Puis soudain il peut, du jour au lendemain, nous faire basculer du rire aux larmes.

Jeudi 28 février

Il finit par lui dire :

“Ma femme s'est suicidée …

- Pardon je suis désolée…

- Je vous en prie vous n'avez aucune raison de demander pardon.

- Il y a combien de temps ?

- Il y aura bientôt huit ans mais ce sera toujours hier.

- Vous n'avez donc pas fait le deuil...

- Si je n'avais pas fait le deuil je ne dirais pas hier je dirais aujourd'hui. ”

Ce “daté” du Jeudi 28 février est juxtaposé malicieusement avec celui du Dimanche 10 mars qui lui, au contraire, nous arrache un sourire. Il y est d'ailleurs fait bel usage du mot “naturellement”. Bretonnière sait redonner aux mots leur pouvoir. Ce voleur d'œufs déniche à chaque fois le bon mot. Il a l'intelligence du mot. Il sait le cajoler pour en extraire le suc. Et le donner à gober.

Dans le recueil de ce poète, dans son panier, perce l'amour du livre, de l'écriture, des poètes, des hommes. Dans l'amoncellement des jours, brindilles après brindilles qui fabriquent nos existences, Bernard Bretonnière sait se nicher. Le poète regarde éclore l'émotion au cœur du quotidien, où elle a sa juste place. Avec patience, car il aura fallu quatorze années passées entre l'envoi des poèmes à l'éditeur et leur publication. Comme quoi la péremption de ces Datés n'est pas à l'ordre du jour.

Au passage prendre le temps de plonger dans la couverture (sans faire d'omelette). Magnifique monotype où les Datés sont pleinement présents, dans toute leur variété et toute leur richesse. Subtile restitution graphique de Jeanne Frère. Longue vie aux Datés. © Patrice Lumeau in Mobilis Pays de Loire, janvier 2017

lundi, 02 janvier 2017

3 notes de lectures pour 3 Dessert de Lune

C’est paru sur le blog de Terre à Ciels et c’est signé Cécile Guivarch. Trois notes de lecture pour 3 Dessert de Lune. (Disponibles sur www.dessertdelune.be)

Carnet d’un petit revuiste de poche, Jacques Morin, Editions Les Carnets du Dessert de Lune « Le revuiste vit essentiellement en poésie. Le travail de la revue l’accaparant. » Ainsi poursuit Jacques Morin avec ce petit carnet, paru à la suite de J’écris.

L’attention est concentrée ici sur l’activité de revuiste, comme son titre l’indique.

« Le revuiste vit essentiellement en poésie, » lire les livres, des piles de livres, les chroniquer, recevoir des textes inédits, des propositions d’articles, sans cesse, d’un numéro à l’autre, tout ceci permet d’être au quotidien avec la poésie. Et pourtant, si « la revue (est) obsessionnelle » : elle prend toute la place, il n’en reste pas moins que le revuiste « aime lire et parler des autres revues. » : faire ainsi connaître la poésie, ce qui s’y passe, il n’y a que dans le partage et le compagnonnage que cela paraît possible. « La revue est un genre ingrat », alors le revuiste « défend un esprit, une façon de voir les choses » et présente ainsi « une vitrine de ce qui se fait en poésie à un moment donné. » Jacques Morin, sait très bien de quoi il parle puisqu’il est revuiste depuis 1973 et notamment depuis 1981 pour la revue Décharge. Par ce carnet, à glisser dans la poche, il évoque ainsi à sa juste valeur l’art d’être revuiste.

Encore une nuit sans rêve, Christophe Bregaint, Editions Les Carnets du Dessert de Lune. Avec cette poésie, le lecteur se prend la souffrance de plein fouet. Poésie heurtée, parmi des « débris de vie ». Les premiers mots donnent le ton : « un homme / a été / jeté / dehors. » Le livre est ensuite adressé à un pronom. Le lecteur ne saisit pas immédiatement à qui s’adresse ce « tu ». Les vers sont brefs, scandés, l’écriture hachurée, rythme rock, la poésie ténébreuse, hors-circuit. Le lecteur avance, saisi par tant de déchéance, ne sait pas de trop à quoi s’en tenir. Pourtant des indices sont donnés : l’anonymat, la non-conformité à la société, ce qui est perdu, la lumière cherchée. Sans cesse le « reste / d’un hier » se confronte avec le « rude / présent. » Le lexique est assez noir mais comprend aussi des éclaircies, celles qui viennent du passé. Puis, petit à petit se dessinent la rue, le naufrage des sans abris, ces exilés dans leur pays. Tout cela se fait net. Un vrai sujet de société se détache. Avec empathie, Christophe Bregaint prête sa voix aux sans domicile fixe et une parole au plus profond de la souffrance des hommes.

Datés du jour de ponte , Bernard Bretonnière, Editions Les Carnets du Dessert de Lune. Textes pondus au jour le jour. A lire tantôt comme un journal, tantôt comme un carnet de notes, tantôt comme un recueil de poèmes. Bernard Bretonnière est à la fois critique, drôle et tendre. Les pensées vont et donnent le ton des jours qui se succèdent : jours avec et jours sans. « Hier / envie d’étreindre / le monde tout le monde et chacun […] Aujourd’hui / envie de tirer / sur tout ce qui bouge. » Réflexions du jour, souvenirs d’hier. Un quotidien empli de lectures, de rencontres, mais aussi un quotidien plein de petits bonheurs auprès de ses proches, sa femme, ses enfants, son père (on repense alors au livre Pas un tombeau). Tout est mêlé ainsi dans ce livre. Poésie, choses tendres ou graves et famille. La poésie présente comme la famille, car ne ferait-elle pas partie de la famille ? C’est ainsi que l’on lit Bernard Bretonnière. Ses vers sont pondus sans prétention, les coquilles sont tendres et comportent une pointe d’ironie. Il observe les poètes place Saint-Sulpice et il se moque un peu : « ces poètes de juin/ à Saint Sulpice / me font changer de trottoir. » Il apporte une grande affection à d’autres poètes qui lui sont proches et rythment son quotidien : Valérie Rouzeau, Pierre Tilman, Daniel Biga, Guy Bellay, Jean-Pascal Dubost, Lucien Suel. L’art et le goût de Bernard Bretonnière pour les listes et la comptabilité des petites choses improbables est bien présent. Par exemple, ce poème qui commence ainsi : « Mon œuvre compte 5 897 ç - / cécédilles. » Et l’attention portée aux visages, on s’amuse de lire ainsi un poème sur le sourire des poètes Jacques Rebotier, Jean-Damien Chéné, Liliane Atlen et Guy Bellay. Textes à déguster au choix : à la coque, brouillé ou au plat, à moins que vous les préféreriez mollets. Quoiqu’il soit, le menu de chaque jour est un plaisir de lecture. © Cécile Guivarch

© Cécile Guivarch, janvier 2017

lundi, 26 décembre 2016

Autre chose de Thomas Vinau

Une note de lecture paru dans Ouest-France.

Ce titre peut être commandé sur la boutique des éditions ou chez votre libraire habituel.

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vendredi, 16 décembre 2016

Où l'on présente "Légende de Zakhor"

"Légende de Zakhor" de Pierre Autin-Grenier sur le site du Figaro livres.

Pour lire cette présentation rendez-vous sur :
http://evene.lefigaro.fr/livres/livre/pierre-autin-grenie...

En vente dans toutes les bonnes librairie ou sur http://www.dessertdelune.be/store/p823/Légende_de_Zakhor_...

 

mercredi, 07 décembre 2016

Une nouvelle note de lecture

cover Légende de Zakhor.jpgPierre Autin-Grenier : LÉGENDE DE ZAKHOR (Carnets du Dessert de Lune)

Cette nouvelle édition est traduite en allemand, en italien et en anglais. Les éditions En Forêt l’ont publié en 2002 après la revue L’Arbre à paroles en 1996. Dix textes de deux pages, courant sur trois ou quatre paragraphes. Le premier pour planter une atmosphère souvent haute en couleurs, le deuxième pour camper la situation vaguement onirique, le dernier pour conclure l’histoire. Avec ce style classique et flamboyant, exemple : …il éclatait d’un rire fantastique qui embrasait tout, comme un lâcher de soleils. Quand on est capable d’écrire ça ! ou bien ce genre de détails en passant : …et le réveil manchot d’une aiguille ne sait ni soirs ni matins.

Voilà ce que j’en disais dans le n° 115 de Décharge (en septembre 2002) : C'est un peu une autre manière de P. A-G., le mot légende l'indique bien. Plus fantastique, plus merveilleux, plus sacré. Il y a une distance sensible avec le narré. On est en dehors du temps et des repères quotidiens, on reste dans le générique et l'unique. Tout devient stylisé et idéalisé. Même si l’on sent comme le poids d'un destin, d'une tragédie permanente, même si l’on devine le caractère historique, presque biblique du personnage principal, on est dans un univers assumé de fictions symboliques où l'on peut croire enfin, fût-il amer, à l'impossible. Pierre Autin-Grenier est décédé le 12 avril 2014.  13 €. 67, rue de Venise – 1050 Bruxelles (Belgique). Couverture de Shahda.

© Jacques Morin, décembre 2016, pour la revue Décharge

 

mardi, 06 décembre 2016

A propos de Légende de Zakhor

Articles de presse à propos de Légende de Zakhor de Pierre Autin-Grenier.

Pour acheter ce livre allez sur Acheter ce livre (envoi franco de port)

ET REVOICI PIERRE AUTIN-GRENIER

Je n’ai jamais cru au destin ni au hasard mais à un Dieu unique et farceur qui veille sur les amateurs de bonne littérature. En relisant du Brautigan, pas plus tard qu’hier j’ai repensé à un écrivain charmant, franc tireur, dont j’ai égaré les lettres qu’il m’écrivait mais pas les livres. Pierre Autin-Grenier, disparu le 12 avril 2014, connut un succès d’estime, proche de l’engouement; avec des livres brefs ( Je ne suis pas un héros, Toute une vie bien ratée, Les Radis bleus ou Analyser la situation), que l’on trouvera en poche ou pas, grâce aux bons libraires. Dans le numéro 9 de la revue Perpendiculaire, que je publiais chez Flammarion, figure un long entretien avec Autin-Grenier, en grande partie consacré à son amour et admiration pour Brautigan. Il y exprime l’essentiel et je pense que le Castor Astral devrait en tirer une jolie plaquette. En attendant, cela prouve que, comme certaines fleurs qui «sèment à tous vents», des textes fragiles, qui n’ont l’air de rien, circulent mieux et plus longtemps que les prétendus monuments (une pensée pour mon vieux camarade Philippe Sollers qui vient d’avoir 80 ans et dont personne au monde ne relit son énorme Paradis…) Donc, il fallait le souligner, Autin-Grenier n’est pas revenu frétiller dans ma mémoire comme par enchantement; j’ai été réveillé par l’envoi d’un joli bouquin, paru en Belgique, Légende de Zakhor, chez un éditeur qui m’annonce deux autres titres d’Autin-Grenier, sans doute jouissifs, Le poète pisse dans son violon et Le poète pisse encore dans son violon. Aux Editions Les Carnets du Dessert de Lune. © http://lettres.blogs.liberation.fr/auteurs/Raphael.Sorin/

Avant de parler du texte d’Autin-Grenier, il faut dire quelques mots du livre, un recueil d’un format original presque carré (14x16), publié par Les carnets du dessert de lune dans sa collection Pleine Lune. Ce recueil comporte une dizaine de textes courts, des petites nouvelles, publiés en quatre langues dont l’anglais ajouté pour cette édition, c’était bien nécessaire quand on connait le peu d’intérêt des anglais pour les langues qui leur sont étrangères. Et pour être presque complet, il ne faudrait pas oublier le portrait de l’auteur peint par Shahda que l’éditeur a placé sur la couverture, un camaïeu de rouge allant de l’écarlate au carmin en passant par le vermillon et le pourpre et quelques autres nuances encore, un portrait de feu et de sang du plus bel effet. En quelques lignes, trois ou quatre petits paragraphes, Pierre Autin-Grenier dresse un cadre, crée une atmosphère, installe une histoire, une histoire qui raconte souvent son pays, le pays où il a vécu entre Lyon et Carpentras. Il parle des chevaux qui galopent dans les prés, des couleurs qui peignent le paysage, des odeurs qui enivrent, des saveurs de ce pays qu’il semble tellement avoir aimé mais aussi de ses habitants avec leurs sentiments, leurs émotions, leurs petits travers, … Des personnages toujours modestes et même parfois un peu marginaux, des êtres souvent en butte avec le quotidien que l’auteur dépeint avec une nostalgie tendrement mélancolique. L’intensité du texte, sa densité, sa faible longueur n’altèrent en rien la fulgurance des formules : « il disait avoir vu en rêve des fenêtres se jeter dans le vide », l’éclat des images : « c’est toujours le bleu qui prend d’assaut les maisons », la flamboyance du style : « A nouveau il prendra congé et sur les tuiles mouillées du toit miroiteront des morceaux de lune », sans oublier la poésie qui envahit ces courts textes : « Il eût fallu qu’un fleuve en crue entre soudain par une fenêtre et, furieux, vienne s’étrangler sur la table pour qu’enfin nous mesurions l’étendue d’hiver qui nous séparait les uns des autres » et nous pourrions ainsi disséquer les textes de l’auteur, dénichant l’oxymore, le zeugme, l’allitération, la métaphore et bien d’autres formules de style encore mais nous deviendrions alors hérétiques à la parole toujours courte du maître es langage, Alors court faisons sans oublier que le fond de ces textes est peut-être aussi riche que leur forme particulièrement brillante. © Denis Billamboz in http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/49548