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mercredi, 24 mai 2017

A propos de "Exode"

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"Exode" de Daniel De Bruycker & Maximilien Dauber

Un article de presse signé Vincent Tholomé en parle: ICI

 
Si vous voulez en savoir plus sur ce livre, en lire des extraits, le commander c'est sur : Le livre

lundi, 22 mai 2017

"Le vin des crapauds" Article, lectures et Exposition

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Un article à propos du dernier livre de Said Mohamed : « Le vin des crapauds », orné de linogravures de Bob De Groof et d’une préface de Cathy Garcia, Ed Les Carnets du Dessert de Lune, 2017. Collection Pièces Montées. 18 €.

On ne guérit pas, dit-on, de son enfance. Certains l'ignorent, d'autres pas. Saïd Mohamed est de ceux-là. Il y a cette enfance qui nous façonne et qui nous marque, parfois au fer rouge. Ce temps que l'on vit parfois - ce fut le cas - dans un arrachement qui met à vif, une brutalité qui donne envie de briser les cadres. Il y a la conscience que l'on en a et qui permet aussi, plus tard, de relire cette enfance comme la chance de ce qui vient et où l'on a sa part à construire. L'enfance est aussi une fenêtre ouverte dans le mur. Dans les murs. Tous. Il y a aussi cette conviction que la parole peut être prise et qu'elle est un puissant outil pour dénoncer et inviter autant qu'un vrai chemin vers soi et vers les autres. Dès lors, l'adulte qui est au monde chargé de son passé, de son histoire, regarde ce qui l'entoure, ici et là-bas. Et tout ce qui en lui fait cicacrice redevient aussi plaie vive. La guerre, les destructions, l'exploitation, les pouvoirs de mort et d'argent (qui, de tous temps, vont si bien ensemble), les injustices, mais aussi l'indifférence, la veulerie, l'égoïsme, tout cela remonte dans un immense haut-le-cœur. L'écriture se fait vomissure qui libère, en les nommant, des sanies d'un monde auquel le poète appartient, en toute conscience, et où il trouve sa place en prenant la parole pour dire. Ce "vin des crapauds" est un vin aigre. Il a la couleur d'une souffrance coagulée. Mais on aurait tort de n'y voir qu'indignation et désespoir. Derrière le désarroi dont il témoigne, le poème érige son phare, appelant à l'éveil et à la vigilance, affirmant aussi une présence qui, dans le partage de la parole, est finalement salutaire et fraternelle. © Alain Boudet in La Toile de l’un

Pour commander, lire des extraits, d’autres articles de presse c’est sur : http://www.dessertdelune.be/store/p826/Le_vin_des_crapaud...

Exposition des linogravures de Bob De Groof, Galerir Art Bref, 34 rue de Broca, 75005 Paris

Lectures par Saïd Mohamed, le 24 mai à 19h30.

jeudi, 13 avril 2017

3 petites notes de lectures

 Les Carnets du Dessert de Lune, poésie
Encore une nuit sans rêve.jpg*BREGAINT Christophe. Encore une nuit sans rêve. Cover Sophie Brassart.
Préf. Jean-Christophe Belleveaux. Les Carnets du Dessert de Lune, 2016. 92 p.
EAN 9782930607436. 13 €
Souffrance-Désespoir-Dénuement-Rue. C’est le récit d’un écorché de la vie, « Passager/Sans horizon », écrit à la seconde personne : « Tu as glissé/Le long de la paroi//Tu as dévissé/Sans cri/Avant d’arriver/Là//Tu portes/Désormais/Les stigmates/De la déchéance ». Déperdition, dépérissement, dénuement, naufrage et désespoir. Un langage Titanic, pourrait-on dire, tisse la métaphore filée de la chute, de l’errance, de l’effacement, de l’engloutissement. Un être qui « effleure les abysses », un être « gommé du corps social », hors circuit, en manque de tout, pour qui « Tout est vide de sens », « Tour à tour/Prostré/Ou/Te traînant ». « Un univers/Te sépare/Du domaine/Des vivants… Chaque jour/Tenter de ne pas perdre pieds/Paume ouverte ».
Le récit poignant d’une descente aux enfers et l’angoisse qui taraude : « Comme toi/Il y en a des milliers… Perdus/Comme un arbre/Sans racines ». SURVIVRE.
© Odile Bonneel, in Inter CDI
 
Bestiolerie potagère.jpg*DUBOST Louis. Bestiolerie potagère. GravuresBernadette Gervais. Préf. Georges Cathalo.
Les Carnets du Dessert de Lune, 2016. 51 p. EAN 9782930607269. 12 €
Animaux-Potager-Humour. Des abeilles sur les bras de l’enfant contre la ruche : « A cinq ans, il communie avec l’innocence du monde ». « L’enfant n’a pas une seule piqûre d’abeille. Mais la grand-mère, elle, pique une colère et lui flanque une cinglante fessée. Je m’en souviens encore ». Les coccinelles, chenilles, doryphores illustrent le syndrome de l’envahisseur comme « les estivants sur les plages vendéennes, jadis les nazis en zone occupée ». Les bêtes renvoient aux hommes et leur donnent des leçons, tels les escargots dont le coït dure « douze à quatorze heures… DSK peut bien aller se rhabiller ! » De l’humour toujours : l’otiorrhynque, faisant des trous (comme le poinçonneur !) dans les lilas, enchante le poète « en mal de rimes riches » !
Louis Dubost, poète sismographe, épicurien jardinier des mots, enregistre la nature et ses petites bêtes, avec une verve joviale tout en ayant un regard critique sur notre société entre marché mondialisé et révolution citoyenne. Accompagnent cette éloquence potagère, les gravures réalistes de Bernadette Gervais croquant insectes, escargots, limaces, lombrics… 
© Odile Bonneel, in Inter CDI

 Carnet d'un petit revuiste.jpgCarnet du Dessert de Lune, essai (une lecture pour Elena et Léa !!...)
*MORIN, Jacques. Carnet d’un petit revuiste de poche. Cover Claudine Goux. Les Carnets du Dessert de Lune, 2016. 20 p. (Pousse-café). –EAN 9782930607658. 5 €
Revue-Création littéraire contemporaine-Poésie. Jacques Morin dirige et gère la revue de poésie <Décharge> depuis 1981. Il témoigne ici, non sans humour, du quotidien de ce métier de « passeur ». « Le revuiste vit essentiellement en poésie. Le travail de la revue l’accaparant. Beaucoup de ses activités tournent autour d’un seul et même sujet. Tout le reste demeure périphérique. Il mange et ne vit que pour subvenir à la revue » : « un dévouement exclusif ». De plus, le revuiste aime lire et parler des autres revues ! (Sans qu’on le sache vraiment, il y a un foisonnement de revues : elles ont d’ailleurs leur salon à Paris). Il reçoit beaucoup de recueil à analyser, « des piles vertigineuses se forment sur le bureau, stalagmites express ».
Ce court témoignage montre l’importance des revues pour faire connaître le vivier de la création littéraire contemporaine. Un auteur passe souvent d’abord en revue avant d’être publié. Le revuiste est sous pression périodiquement pour sortir le nouveau numéro. Jacques Morin présente à merveille ce travail acharné, exigent, sans fin, mais si important. Chapeau bas !
© Odile Bonneel, in Inter CDI

lundi, 10 avril 2017

De la marchandise internationale

En allant sur ce lien, vous pourrez lire deux articles de presse à propos du livre de Daniel Fano "De la marchandise internationale" (ill Jean-François Octave) 

http://www.dessertdelune.be/uploads/5/0/3/5/5035279/artic...

 

Livre disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le site des éditions

www.dessertdelune.be ou par mail à dessertlune@gmail.com

samedi, 08 avril 2017

De la marchandise internationale

À la mitrailleuse

De la marchandis internationale.jpgDaniel FANO, De la marchandise internationale, Les Carnets du Dessert de Lune, 2017, 84 p., 12 €, ISBN : 9782930607894

Il y a une quinzaine d’années, Jean-Louis Massot a tiré Daniel Fano de son trop long silence éditorial. Depuis, le clavier crépite. Voici le septième opus de l’inclassable auteur d’Un champion de la mélancolie et de Comme un secret ninja aux Carnets du Dessert de Lune. On accuse les coups, et on en redemande. Jean-Louis Massot ne devrait-il pas créer une collection à part entière : écrit à la mitrailleuse ?

 

Onze textes (et une note) à l’arme automatique : on file Monsieur Typhus et ses acolytes crapuleux d’une aventure à l’autre, Patricia Bartok, Rosetta Stone, le Major Osiris Walcott, le Colonel Fawcett, Inspecteur et Flippo, Jimmy Ravel – tueurs à gage de papier, ordures artificielles, qui font leurs mauvais coups sans tenir compte des lois de la logique ou de la gravité, changeant de sexe comme d’apparence, explosant sur une mine antipersonnel, ressuscitant à la ligne suivante, comme dans les cauchemars des lecteurs trop sages, paniqués à l’idée de perdre définitivement la raison dans l’engrenage des paragraphes. « Patricia Bartok ne porte ni slip, ni soutien-gorge, une de ces gouines dont la cicatrice a été effacée à la neige carbonique. »

Car le lecteur est trop sage, et il est temps qu’il s’inquiète. Le monde autour de lui déchaîne sa violence, et c’est un peu grâce à son inertie, lui qui accepte sans broncher la folie du monde alors qu’il exige de ses lectures – des films qu’il consomme, des œuvres d’art qui jalonnent ses ronds-points ou qui décorent les salles d’attente de son dentiste – une rassurante rationalité (quand ce n’est pas carrément une morale). Alors Daniel Fano prend le lecteur trop sage pour cible, et lui balance ses rafales. Pour qu’il se rende compte. Pour qu’il s’inquiète. Par goût du jeu. Par humour noir. « Bienvenue à Kiev où la plupart des cigarettes américaines sont fabriquées en Pologne. » L’Histoire est une barbare assoiffée de sang – la poésie doit lui rendre coup pour coup. Bien sûr, Daniel Fano n’est pas le premier auteur à affûter sa plume pour ce genre de bataille, il le dit lui-même dans les interviews qu’il accorde, et on peut, en retraçant sa filiation, rassembler la belle et héroïque famille des lutteurs,  ironiques parce que lucides, musiciens parce qu’exigeants. Les surréalistes, bien entendu. Surtout Desnos. Le modernisme américain. Serge Gainsbourg. Henri Michaux. Le Rimbaud des Illuminations. Mais aussi les formes les moins reconnues par les autorités littéraires : série noire, bande dessinée, cinéma de genre. Si l’on tend l’oreille, et que l’on se rappelle que Daniel Fano a consacré un livre à Henri Vernes, on peut entendre des échos de L’aventurier, du groupe Indochine. « Un pistolet mitrailleur Uzi, un vieux Zippo, les interprètes sur le point de craquer. »

On se perdra donc dans De la marchandise internationale, avec une cible peinte sur le front, et l’on entendra les balles de Fano siffler. Car il faut écouter Fano : « Rosetta Stone saluera le public : débauche de décibels, comme qui dirait une simple esquisse d’éternité ». Le livre semble un piège où se sont pris les excréments de la sauvagerie. Isolément, ce sont des vignettes de série B. Entrelacés dans la trame du texte, ils se font musique : « Faux papiers parfaits fournis par Fidel Castro ». Parfois, Daniel Fano dévoile son jeu : « Dans cette aventure, la façon dont les éléments narratifs étaient juxtaposés ne manquait pas de défier toute logique ».

Gageons que la mitrailleuse de Daniel Fano n’a pas vidé son chargeur, et que le lecteur trop sage n’en a pas fini avec lui. Si le monde ne change pas, si l’homme continue de planquer sa tête dans le sable, Monsieur Typhus reviendra arme au poing, « tous feux éteints, phrases courtes ».

© Nicolas Marchal, in Le Carnet et les instants.

mercredi, 29 mars 2017

Une note de lecture pour "Exode"

Elle est signée Cathy Garcia.

Exode de Daniel De Bruycker & et Maximilien Dauber – Ed. Les Carnets du Dessert de Lune, 2017. 80 pages, 16 €.

De magnifiques photos de Maximilien Dauber pour cet écrin de désert où la poésie de Daniel De Bruycker vient se fondre et se confondre avec les pierres, le ciel, le sable.

Tout ici était saisissant –

le sol, l’espace, les ombres

et, plus encore, d’être du nombre.

Dans le désert, nous sommes transportés, nuées, ombres, nous avançons dans la lecture comme on marche, lentement, avec cette sensation que l’espace s’ouvre tout autour et en nous et le sentiment de se dissoudre dans cette immensité. Nous nous sentons de plus en plus petits, insignifiants, à chercher des signes qui se font et se défont, désert que nul langage ne saurait contenir.

Nous ne comprenions rien –

en ces lieux, dit quelqu’un

‘comprendre’ n’est pas le mot juste.

Ça a l’air simple comme ça de parler du rien, mais c’est certainement ce qu’il y a de plus difficile, sans tomber dans le cliché, le ressassé. Rien d’exceptionnel ici, pas d’hymne ou d’ode emphatique à la beauté, juste cette humilité qui convient au sujet et qui nous oblige à faire corps avec le sable, avec la roche, avec le vent et ces ombres et au plus profond de nos os, nous éprouvons nôtre condition éphémère. Des pas, un souffle et puis poussière.

Un caillou quelque fois roulait sous nos pieds

nous le suivions, dociles

jusqu’à en déloger un autre

(…)

Un fil d’espoir était notre guide

sans lui nous nous serions perdus –

fidèle, c’est lui qui nous égarait

Cependant tout désert a son oasis, quelque chose comme un cœur qui bat, lentement mais avec obstination. Peut-être qu’en lisant Exode, nous marchons à l’intérieur de nous-mêmes.

© Cathy Garcia.

Daniel De Bruycker est né à Bruxelles en 1953, d’une famille flandrienne. Enfance à Gand et en Hainaut. Licencié en Philosophie & Lettres, Université Libre de Bruxelles, 1977. Critique de jazz, rock, musiques nouvelles, danse, théâtre, cinéma, arts d’Asie etc., en Belgique (Le Soir, 1975-85) et en France (Diapason, Le Monde de la Musique, Le Monde, 1981-87). Traducteur (anglais, néerlandais, allemand), japonologue, animateur d’ateliers d’écriture pour enfants, etc. Marié à l’ethnologue et écrivain Chantal Deltenre ; deux filles, Hélène et Léa-Lydie ; deux chattes, Apostille et Silhouette. Entre deux séjours en Asie (Japon, Inde, Turquie etc.), vit et travaille à Bruxelles (1975-85) puis à Paris (1986-2003), aujourd’hui à l’ermitage de la Martinière (Gouvets, Normandie). À ses heures perdues, dessine des labyrinthes, écrit des chansons (Maurane, Musique Flexible etc.), compose et joue (basse, claviers) au sein du groupe Roque et trace ses poèmes-images selon un alphabet graphique original (exposition personnelle au Centre Wallonie-Bruxelles, Paris 2015).

Maximilien Dauber est né à Bruxelles en 1949. A 20 ans, il plante là les études, investit tout son pécule dans une Land Rover et prend la route du Sahara. Il y trouve, à Tombouctou, le cinéaste voyageur Douchan Gersi, qui l’engage comme assistant pour un tournage à Bornéo, avant celui des Antilles de l’écrivain Jean Raspail. Cependant il se spécialise dans le documentaire saharien, accumulant au fil des expéditions films, photographies, enregistrements et observations ethnographiques sur les cultures nomades sous le titre générique de Mémoires sahariennes et réalise sur les Peuls Bororos du Niger son premier film personnel, diffusé par voie de conférences et d’émissions télévisées, avant de se tourner vers l’Afghanistan des nomades, le Turkestan chinois et les Routes de la Soie, puis la redécouverte des grands explorateurs de l’Afrique orientale.
Depuis, il n’a cessé d’enchaîner les tournages aux quatre vents, avec une prédilection pour l’Égypte, l’Italie et aujourd’hui le Japon, faisant partager à travers ses films, ses livres et ses images son amour du lointain, de l’humain et des rencontres face à l’horizon – dont celles de son mentor le prince italien Mario Ruspoli, inventeur du cinéma direct avec Chris Marker, et du naturaliste Théodore Monod, autre majnoûn, « fou du Sahara ».

samedi, 25 mars 2017

Une note de lecture à propos de "Encore une nuit sans rêve"

Encore une nuit sans rêve.jpgCette note de lecture à propos de "Encore une nuit sans rêve". Christophe BREGAINT, SOPHIE BRASSARD, Les Carnets du Dessert de Lune, 2016, 98p., 13€.

 En hauts poèmes verticaux, aux vers très courts, Bregaint raconte comment un être se déglingue, perd ses repères, se fissure jusqu’à trouver sa tombe.
Métaphore puissante du destin de chacun, certes, mais détresse quotidienne aussi de nombre de vagabonds lâchés par la vie, rejetés vers les berges, par mépris, sans aucun regard de compassion, déchus littéralement.
 Bregaint ne passe rien sous silence de ces destins au bord des rues, de ces naufrages abandonnés.
 « Tu t’accoutumes
 Au mépris
 De ces regards qui s’en remettent
 Au vide ». « Tu donnes ta misère/ En pâture » : et pourtant il résiste, cet homme, en dépit de tout, en dépit du jour à recommencer, malgré « cette inertie/ violente ».
 « Seule 
La rue 
Ce symbole d’une cassure
 Te semble solide
 ». Le titre du livre, pour être glacial, traduit bien la condition « infirme » d’êtres déjetés, laissés à leur péril. 
Autour de ces êtres, la débâcle, les mirages, les expédients immondes, une vie d’infortune majeure. 
Sur ce thème de l’exclusion du champ des possibles, un livre magistral.


© Philippe Leuckx, à paraître dans la revue Bleu d'Encre.

A propos du Vin des Crapauds

Le Vin des Crapaud.jpgCette note de lecture à propos de l’album « Le vin des crapauds » de Saïd Mohamed, orné de linogravures de Bob De Groof et d’une préface de Cathy Garcia, Ed Les Carnets du Dessert de Lune, 2017. Collection Pièces Montées. 18€. http://www.dessertdelune.be/store/p826/Le_vin_des_crapaud...

Au fond du désespoir

A l’orée du printemps, Les carnets du dessert de lune gâte ses lecteurs après le très beau poème, l’ « Exode », de Daniel de Bruycker magnifiquement illustré par des photos de Maximilien Dauber, il leur propose ce recueil, grand format cette fois, de Saïd Mohamed tout aussi magnifiquement illustré par des linogravures de Bob De Groof. Des illustrations en blanc sur noir qui montrent des personnages fantasmagoriques effrayants, tout en rondeur, avec des grands yeux ronds hébétés, inhumains, des personnages agressifs et des personnages qui subissent l’agressivité des précédents. Un monde fantastique et violent qui symbolise notre société où les puissants terrorisent les faibles.

Ces dessins de monstres effrayants illustrent à merveille la douleur et le désespoir que Saïd Mohamed éprouve après toutes les guerres et tous les attentats qui ensanglantent notre monde.

« Je n’ai pas souvenir d’un instant de paix,

Chaque jour déverse son lot guerrier

Et nous maintient la tête sous l’eau.

Nous devons cesser de croire possibles la beauté et

L’amour. »

Et, il accuse ceux qui tirent les ficelles et profitent de toutes les horreurs perpétrées pour asseoir leur pouvoir et leur fortune.

« Nous buvons le fiel du vin des maîtres,

La corde sur le cou, attendons à leurs pieds »

Le désespoir l’emporte aux confins de l’humanité, là où même le pardon n’est plus possible, là où pardonner n’a même plus de sens.

« Je crains ne jamais pouvoir donner le pardon

A l’œuvre de l’enfer. »

Non content de s’en prendre aux faiseurs de guerre, à ceux qui tirent les ficelles, il s’en prend à sa mère à qui il reproche, atteignant le fond de l’abîme du désespoir, de l’avoir mis au monde.

Mère, pourquoi n’as-tu pas pris tes précautions

"Quand à mon père tu t’es jointe ?

Pourquoi comme un chat ne m’as-tu pas

Au fond d’un sac jeté, et aussitôt noyé ? »

Et si la mère n’a rien fait pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas fait ?

« Dieu, je n’ai jamais prononcé ton nom.

Je t’ai maudit, chien de ta mère pour en aveugle

M’avoir conduit dans un monde que je renie. »

Tout le venin a été craché, « Pas dit qu’on boirait de ce vin-là » comme l’écrit Cathy Garcia dans sa préface mais on a envie de savoir jusqu’où le poète plongera dans son désespoir. Jusqu’au nihilisme le plus suicidaire peut-être.

« Mange ton fils, amère humanité

Et pose-lui le couteau sur la gorge. »

Dans sa postface, Saïd Mohamed précise que « Le vin des crapauds a été écrit en grande partie pendant la première guerre d’Irak, de 1990-91 » et qu’il lui « est apparu essentiel de republier l’ensemble de ces textes » « devant les événements récents et ceux à venir.. » Il ne veut pas seulement parler des horreurs des attentats mais aussi de la façon d’attribuer ce qui n’est qu’un plan pour détruire les vieilles civilisations en les assujettissants mieux aux lois du marché, à un Nouvel Ordre Mondial, l’Axe du Mal. © Denis Billamboz in http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/50361

samedi, 18 mars 2017

Encore une nuit sans rêve

Encore une nuit sans rêve.jpgChristophe Bregaint : ENCORE UNE NUIT SANS RÊVE (Les Carnets du dessert de lune)

C’est un recueil noir ; chaque poème consigne une maigre part du désarroi. Christophe Bregaint résume bien son état : Il fait amer / Dans ton esprit. Ou encore il parle avec justesse d’« existence désillusionnée », et les vers se multiplient qui constatent inquiétude, lassitude, manque… Il est en permanence A bord / de l’ennui. Sa poésie verticale et serrée sort à petits mots, vers courts, ainsi le titre du recueil est-il décliné en un tercet. Et ce qu’elle exprime y est de même, infime et minimal, pour reprendre deux adjectifs que le poète emploie. On le lit, en découvrant sa condition, due peut-être à un accident de parcours un peu brusque L’ordinaire / A percuté // Un iceberg… , le mot crash est utilisé plus loin ; ou bien une érosion lente de la vie. Il est au tout début question d’un homme rejeté de la société, et cet homme, c’est toi, puisque l’auteur s’adresse à quelqu’un. Et c’est le terme de déchéance qui le caractérise. On ne sait rien de ce qui le met dans une telle déréliction. Gommé du corps social… SDF mental. Christophe Bregaint a été le coordonnateur du recueil collectif : « Dehors, recueil sans abri » chez Janus. Le fait est que toutes les pages consigneront les signes de ce changement définitif confinant au désastre. L’existence revêt une monotonie sans fin : Mêmes / Matins / Semblables / A la marche du silence ou une angoisse infinie du lendemain: On peut déchiffrer / Cette inquiétude / De ne plus voir / L’aurore / Réapparaître Il rajoute même à la page suivante : Seul / Le déclin / Est une évidence / Qui te parle / A chaque instant On est bien dans le syndrome de la désillusion, Christophe Bregaint parle même de déperdition, et l’on pourrait aller jusqu’au dégoût s’il n’y avait une absence de jugement et de sentiment, qui n’inclut donc ni regret ni rancune. Quelque part, cette déshumanisation subie fait du héros un étranger dans ce monde, un fantôme dans la nuit sans rêve Un univers / Te sépare / Du domaine / Des vivants. L’écriture révèle un travail d’empathie et d’humanité rare. Il y a de la solidarité à offrir ses poèmes de disgrâce comme des cadeaux au nécessiteux. Le recueil parle pour lui et sert de passeport pour un lecteur qui évite ou ignore le déclassement si présent dans les grandes villes. Illustration de Sophie Brassart. 13€. © Jacmo in revue Décharge.

Pour lire des extraits et/ou commander ce livre c’est sur : http://www.dessertdelune.be/store/p817/Encore_une_nuit_sa...

 

[1] Dont Alain Kewes a rendu compte dans le n° 171, page 121-122.

dimanche, 12 mars 2017

Pour lire "Le vin des crapauds"

Une note de lecture à propos du livre "Le vin des crapauds" de Saïd Mohamed et Bob De Groof (préfacé par Cathy Garcia) c'est sur : http://revue-texture.fr/les-lectures-de-jacmo-2017.html#vin et c'est signé Jacques Morin.

Bob De Groof en dédicace pour ce livre à La Foire du Livre de Bruxelles ce dimanche 12 mars de 15h à 16h sur le stand 232.

Le Vin des Crapaud.jpg

vendredi, 03 février 2017

Des articles de presse sur des récentes parutions

Pour lire des articles de presse à propos de Bestiolerie potagère, cliquez LA

Pour lire des articles de presse à propos de Dans le spleen et la mémoire, cliquez ICI

Pour lire des articles de presse à propos de Datés du jour de ponte, cliquez LA

Pour lire des articles de presse à propos de Encore une nuit sans rêve, cliquez ICI

Pour lire des articles de presse à propos de Je respire discrètement par le nez, cliquez LA

Pour lire des articles de presse à propos de Légende de Zakhor, cliquez ICI

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mercredi, 01 février 2017

Légende de Zakhor

Légende de Zakhor.jpgUn article signé Jacques Josse paru sur Remue-net

« L’air halluciné, il disait avoir vu en rêve des fenêtres se jeter dans le vide ! », Pierre Autin-Grenier

La légende a toujours été présente dans l’œuvre de Pierre Autin-Grenier et celle de Zakhor, déclinée ici en dix séquences, en est une belle illustration. Le personnage évoqué est intemporel. Il est porteur d’énigmes. On ne sait d’où il vient. Il semble parfois un peu fou. A l’air de s’y connaître en prédictions. Il parle aux chevaux et s’avère capable, grâce à la pertinence de ses réflexions, d’ouvrir en une seconde la part d’inconnu que chacun porte en soi.

« Souvent, par les fenêtres entrouvertes sur la lune naissante, giclent au ciel des bandes de chats sauvages, toutes griffes tendues vers les étoiles. »

Celui qui choisirait d’ignorer cette étrange vérité, énoncé d’un ton calme et mesuré, un soir où les hommes s’en retournaient au mas en suivant un chemin qui leur était familier, risquerait bien d’être frappé de stupeur en voyant, un dimanche matin, un chat surgir d’entre les jambes d’un encordé suspendu à une branche, à quelques mètres au-dessus du sol.

Cet homme – qui n’est jamais nommé – perçoit des choses qui restent étrangères à ceux qui le côtoient. Il s’exprime peu et ses paroles sont empreintes de mystère. Ceux à qui elles s’adressent doivent les interpréter en se détachant légèrement de cette terre qui les happe un peu plus chaque jour et qui n’a de cesse de les aspirer totalement. Il les met en garde et la plupart savent lui en être redevables. D’autres s’en moquent.

« Les vieux et les femmes comprenaient l’urgence d’extirper de nos cœurs indifférence et cruauté, ainsi l’on arrache le chiendent des guérets. Les autres, dans son dos, à voix basse le traitaient d’innocent et se gaussaient de ses balivernes. »

Il a débarqué un beau jour, s’est peu à peu imposé à tous et a disparu comme il était venu, sans crier gare, en ne donnant plus jamais signe de vie mais en laissant derrière lui des traces et des sentences indélébiles. Que tous se remémorent de temps à autre, en particulier quand le village se retrouve frappé par l’un ou l’autre de ces coups de dé du destin qu’il avait plus ou moins prédits.

« Lorsque par une nuit de forte bourrasque celui qui dormait au milieu des chevaux, le plus jeune des nôtres, succomba, alors on ne le revit ; ni matin suivant ni autres matins. Depuis nous voici seuls face au ciel vide, en vain cherchant à nous réconcilier avec les ombres ».

Publiés une première fois par la revue "L’Arbre à paroles" en 1996 en Belgique, puis réédités en Allemagne en 2002 par les éditions "En Forêt", traduits en allemand par Rüdiger Fisher et en italien par Fabio Scotto, les textes qui composent Légende de Zakhor sont présentés ici en quatre langues, la traduction en anglais, qui s’ajoute à la précédente édition, étant réalisée par Dereck Munn.

© Jacques Josse - 28 janvier 2017 in http://remue.net/spip.php?article8647

lundi, 30 janvier 2017

Une note de lecture pour "Datés du jour de ponte"

Datés du jour de ponte.jpegCette note de lecture de Georges Cathalo à propos de "Datés du jour de ponte" de Bernard Bretonnière. Ce livre peut être commandé sur le site des éditions www.dessertdelune.be et/ou dans toutes les bonnes librairies.

Si ce livre se présente sous la forme d’un journal de bord avec des dates sans millésime (de 2000 à 2005 paraît-il), il ne doit pas être lu à la manière d’un panorama à usage unique et personnel. Dans sa démarche descriptive et réaliste, Bernard Bretonnière prend soin de ne retenir que de menus faits dans lesquels le lecteur pourra se reconnaître. Il y évoque dans de brefs poèmes quelques membres de sa famille, son père, ses enfants et surtout Reine, sa compagne et sa reine… Il parle aussi de sa maison nouvellement achetée et retapée. Dans le domaine poétique, l’auteur parle d’une escapade à la rencontre des « poètes au teint pâle du Marché de la Poésie » en juin à Paris. On croise aussi des poètes qu’il affectionne tels que Pierre Tilman, Valérie Rouzeau, Jean-Damien Chéné ou Jacques Rebotier. On a droit ensuite à un « art poétique » souriant où un seul et même alexandrin (« Ce jour où je comprends que je suis un mortel ») est décliné en six versions différentes, en passant par le relais du poème de la page 50 : « Je meurs et je / renais / nous ne cessons de mourir et de renaître : / voilà / ce que je comprends aujourd’hui / de ma vie et de nos vies ». On retiendra de ce livre original la tonalité doucement mélancolique et sans pathos dans une démarche humaniste avec de sobres retours sur soi : « est-ce-que j’ai le droit de pleurer ? ». 
© Textures, Georges Cathalo.

mercredi, 25 janvier 2017

Pierre Autin-Grenier - Shahda "Légende de Zakhor"

Deux notes de lecture pour « Légende de Zakhor » de Pierre Autin-Grenier, rehaussé d’un portrait de l’auteur en couverture par Shahda.

Collection Pleine Lune. Editions Les Carnets du Dessert de Lune. 13 €. http://www.dessertdelune.be/store/p823/Légende_de_Zakhor_...

Dans  "Légende de Zakhor" que viennent de rééditer, en quatre langues, les éditions "Les Carnets du Dessert de Lune", Pierre Autin-Grenier en appelle plutôt, avec un rire mêlé d'inquiétude et de nostalgie, au mystère, mais un mystère qui rôde aux abords du réel, qui même en jaillit souvent, surtout de ce quotidien des gens rudes des campagnes pour lesquels cet écrivain éprouve une grande tendresse : C'est au creux de l'ordinaire que le merveilleux va le plus souvent faire son nid", écrit-il.

Mais quel est donc ce "il" qui traverse le livre et en même temps la vie, venant de nulle part et allant nulle part, cet étranger pourtant si intime dont on ne sait rien, hormis les sentences qu'il lance à la cantonade et dont on ignore si elles sont porteuses de clés : "Prenez garde de n'offenser les ombres, car une nuit remplie de chiens sans cesse braconne dans les faubourgs". Comme dans le rêve, ce qui doit rester énigmatique reste énigmatique, mais cela nous parle derrière le sens même si nous ne comprenons pas, parle à notre nuit profonde, de nuit à nuit, l'énigme sans cesse relancée jusqu'à cette question centrale qui nous interroge tous : qui suis-je ? Que fais-je ici ? S'il y a un mystère, c'est celui de notre présence au monde.

Extrait : – «Rien, dit-il, une épingle». Il se pique le bout du doigt; perle une goutte de sang qui s'en va mourir sur sa chemise de lin. Comme nous restons surpris, il rassure : «Qu'adviendrait-il de nous si nous étions compris du premier venu et quel châtiment mériterait semblable étourderie ?» Il est vrai, nous ne saisissons pas toujours le sens caché de ses sibyllines sentences. Ainsi, souvent dit-il : «Il faut savoir vivre seul et dans le souvenir lointain des étrangères.» Puis il tire la porte derrière lui. Dehors, trouant le ciel humide, brûlent des étoiles.© Alain Roussel in http://alainroussel.blogspot.be

Paru dans le bimestriel « Sortir à Berlingotville et Alentour » sous la plume de Malika del Amo. www.berlingotville.com

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mardi, 17 janvier 2017

Où l'on parle de "Grains de fables de mon sablier"

Sur le blog de La Mare aux mots, Sarah chronique « Grains de fables de mon sablier » de Jean-François Mathé et Charlotte Berghman paru dans la collection jeunesse Lalunestlà. http://lamareauxmots.com/blog/poesie-mon-amour/

charlotte berghman,jean-françois mathé

dimanche, 15 janvier 2017

"La Patagonie" de Perrine Le Querrec

perrine le querrec, jean-marc flahautDiscours de Michel Collot lors de la remise du prix du premier recueil de poésie 2016 de la fondation Antoine et Marie-Hélène Labbé à Perrine Le Querrec pour son recueil « La Patagonie » publié aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune. Vous pouvez écouter ce texte ICI

Et puis lire des extraits ou bien l’acquérir sur le site des éditions  ou encore chez votre libraire habituel.

Perrine Le Querrec n’en est pas à son coup d’essai ; elle s’est déjà illustrée dans différents genres : roman, théâtre, essai mais elle n’a abordé qu’assez récemment la poésie, qui semble avoir pris une importance croissante dans son travail. On constate souvent le mouvement inverse : certains auteurs commencent leur carrière en publiant des poèmes puis se tournent vers d’autres genres, notamment vers le roman, dans l’espoir, sans doute, de conquérir un plus large public. Bien loin de ces considérations éditoriales, Perrine Le Querrec est venue à la poésie, sous la pression d’une nécessité tout intérieure et avec tout l’acquis de son travail d’écriture antérieur, ce qui fait de son premier recueil un coup de maître. Il est vrai que ses précédents ouvrages revêtaient déjà une dimension poétique, témoignant de sa capacité à inventer un langage qui lui soit propre, éloigné des standards habituels de la communication littéraire. À propos de La Patagonie, pour marquer ses distances vis-à-vis du récit romanesque ou autobiographique, elle prend soin de préciser : Je n’écris pas une histoire mais une langue, je n’écris pas une situation mais une forme, je n’écris pas des personnages mais des langages (p. 20).

Reste à savoir de quelle forme et de quelle langue il s’agit. Avons-nous bien affaire ici à de la poésie ? Le mot n’est inscrit ni sur la couverture ni dans la page de titre et il n’est guère présent dans le livre. On y trouve un certain nombre de poèmes en vers libres mais aussi une majorité de courts textes en prose, qu’on pourrait qualifier, comme le fait Jean-Marc Flahaut dans sa préface, de « récits brefs » : s’agit-il de poèmes ? Sans doute, si l’on veut bien admettre que, depuis Baudelaire au moins, il existe des poèmes en prose et qu’ils peuvent prendre une allure narrative, comme c’est souvent le cas déjà dans Le Spleen de Paris. Ce qui contribue à donner à ces textes, visuellement, l’aspect d’un poème, c’est qu’ils tiennent tous dans l’espace d’une seule page : cette délimitation permet de donner à la prose la condensation propre à la poésie.

Mais ce mélange entre vers et prose n’introduit-il pas une certaine discontinuité, une certaine hétérogénéité qui peut décevoir le lecteur qui attend d’un recueil de poèmes une certaine unité ? Dans la préface de ses Petits Poèmes en prose, Baudelaire écrivait à son ami et éditeur Arsène Houssaye : « Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu’il n’a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture (…). Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part ».

Perrine Le Querrec revendique elle-même une « écriture à coup de ciseaux » (p. 81). L’accent mis sur les ruptures et les discontinuités est sans doute une des caractéristiques majeures de la modernité poétique mais on oublie trop souvent que la poésie a toujours été un art de la coupe, de la découpe : le vers lui-même est une ligne interrompue, qui ne remplit pas le cadre de la justification. Dans la versification régulière, ces coupes étaient cependant intégrées à une certaine régularité ; le vers libre et le poème en prose les ont mises plutôt au service de la diversité, s’écartant ainsi de l’idéal d’unité et d’harmonie qui était celui de la tradition poétique pour exprimer les expériences nouvelles que nous offre la vie moderne et que Baudelaire plaçait déjà sous le signe de la diversité, qu’il s’agisse des « soubresauts de la conscience » ou de la vie des « villes énormes » où se mêlent les populations et les choses les plus diverses.

Cette diversité affecte aussi la langue de la poésie qui, au lieu de se cantonner dans le registre noble et élevé qui a été longtemps le sien, s’est ouverte à une grande variété de tons, de styles, et de lexiques : on rencontre ainsi dans La Patagonie des mots et des tournures qui relèvent d’un niveau de langue familier et qu’on pourrait qualifier de prosaïques. Mais, dans le contexte où ils s’insèrent, ils contribuent à réaliser le « miracle » baudelairien « d’une prose poétique » « assez souple et assez heurtée » pour dire cette « réalité rugueuse à étreindre » que la poésie moderne doit affronter, selon le vœu de Rimbaud à la fin d’Une Saison en enfer. Car cette recherche d’une forme et d’une langue irrégulières et singulières ne relève pas ici d’une démarche formaliste : elle naît du besoin d’exprimer une expérience elle-même marquée, on le sent à chaque page, par bien des heurts et des ruptures. « Il n’y a rien de plaisant à (le) lire », rien de confortable, rien de réconfortant » (p. 20), car ce que cherche à dire Perrine Le Querrec est foncièrement dérangeant, de nature à déstabiliser non seulement le lecteur mais l’auteure elle-même, en bousculant toutes les conventions sociales, morales et littéraires.

Ce qui se donne à lire dans ce livre, c’est notamment la souffrance d’une enfance qui « sent toujours le carnage » (p. 47), la violence familiale et la guerre, l’injustice sociale, la détresse des SDF et des malades mentaux. L’écriture s’y rapproche souvent du cri, qui s’oppose à la recherche d’un beau et haut langage ; mais sa violence même lui confère une intensité que je n’hésite pas à qualifier de poétique. En effet, Perrine Le Querrec ne cède jamais à la tentation de l’expressionnisme à laquelle succombent souvent les poètes qui croient nous émouvoir en étalant à longueur de pages leurs états d’âme et leurs malheurs et qui confondent le lyrisme avec le pathos. Pour dire ses affects, elle a su trouver, à force de précision et de concision, une langue et une forme qui à la fois les exprime et les sublime pour créer ce que j’appelle après René Char une « matière-émotion ».

Beaucoup de ces textes ont une résonance nettement autobiographique ; mais ils ne composent pas un récit de vie conventionnel et linéaire. Ce sont plutôt des souvenirs et des images qui reviennent par flashes, des fragments d’existence qui ont d’autant plus de présence qu’ils ne sont pas pris dans la trame d’une narration continue. Par conséquent ils ne restent jamais enfermés dans la sphère de la vie privée, de l’histoire personnelle : la souffrance qui s’y avoue reste ouverte à la douleur d’autrui. Dans son expression la plus forte, le lyrisme n’est pas l’expression narcissique de l’ego et de ses sentiments intérieurs mais celle d’une émotion qui fait sortir de soi le poète pour le porter à la rencontre des autres et du monde.

Ce qui donne aussi à l’écriture de Perrine Le Querrec sa qualité indiscutablement poétique, c’est un sens du rythme qui est devenu rare, y compris chez ceux qui écrivent en vers réguliers. Pour rythmer ses poèmes, elle recourt à l’un des procédés les plus caractéristiques et les plus classiques de la poésie, qui est la répétition. Celle-ci est une des sources du rythme, à condition de ne pas devenir mécanique et de laisser place à la variation, de manière à produire non pas une simple redite mais, comme en musique, une reprise qui fait avancer et qui relance le mouvement de l’écriture. Ce rythme, fait de répétitions et de variations, on peut l’entendre aussi bien dans les poèmes en vers libres que dans les textes en prose. Il permet notamment à Perrine Le Querrec d’exorciser la violence qui s’exprime dans les pages de son livre. Une des manifestations du traumatisme, selon Freud, c’est la tendance à se répéter et à le répéter ; mais c’est aussi grâce à la répétition de certaines paroles, de certains gestes que l’on peut en maîtriser l’impact, comme l’enfant qui joue à lancer loin de lui et à ramener vers lui sa bobine, mimant ainsi le départ de sa mère tout en se donnant l’espoir de la voir revenir. La répétition permet à la fois d’exprimer et de maîtriser le traumatisme, comme le rythme lancinant des chants de deuil dans les sociétés traditionnelles, ou celui des poèmes d’Henri Michaux, qui a pour lui valeur d’exorcisme face aux épreuves personnelles et collectives.

C’est à une telle conversion de la souffrance en poésie que parvient dans ce livre l’écriture de Perrine Le Querrec. C’est du moins l’effet qu’elle produit sur moi : j’ai été pris par la lecture de ce livre, qui à la fois m’a fait vivre et revivre des expériences douloureuses et m’a fait accéder peu à peu à cette « paix dans les brisements » dont parlait Michaux. Il se dégage en effet de certaines pages de Perrine Le Querrec une sérénité paradoxale ; la violence et la virulence de son propos ne rendent que plus précieuses et plus significatives les brusques échappées qu’elle nous procure vers la tendresse et la merveille de vivre, comme dans ce bref poème, où la chute devient envol, grâce à quelques mots en suspens sur la page :

En rentrant chez elle,

elle a croisé un papillon qui dévalait l’escalier

sans jamais toucher le sol.

samedi, 14 janvier 2017

Un article pour "Datés du jour de ponte"

Datés du jour de ponte.jpegBernard Bretonnière, Datés du jour de ponte (Les Carnets du Dessert de Lune) - Monotype de Jeanne Frère. Préface de Jean-Pierre Verheggen

Datez-vous vos poèmes (vos écrits, en général) ? Ce pourrait être une oiseuse question pour poéteux (comme l’allée à la ligne, dont ce recueil offre d’ailleurs de réjouissantes occurrences ou la majuscule de début de vers). Bernard Bretonnière, heureusement, n’en a cure, d’ailleurs il n’aime pas les poètes : les poètes de juin / à Saint Sulpice / me font changer de trottoir, les lectures de poésie l’ennuient, voire pis : nombreuses les lectures remèdes à la poésie / le poète est assis / (...) il lit, jambes croisées / il n’a pas deux trous rouges au côté droit / mais une merde de chien sous le pied gauche. Quant à se croire poète lui-même, le titre suffit à nuancer la pompe créatrice. Reste que tous les poèmes (car oui, cent fois oui) sont dument datés, dessinant un journal discontinu, car il y a des trous, ceux qui manquent sont sans doute les meilleurs : envolé le poème / que je voulais écrire hier envolé mais qu’importe. Dans sa préface, Jean-Pierre Verheggen convoque à juste titre la figure de Buster Keaton : mélancolie, burlesque, et surtout une infinie tendresse pour parler de ceux qu’on aime, femme, enfants, amis poètes ou non. Et si l’on s’effare parfois que nous allons devenir / bientôt / de vieux messieurs, si l’on ne se reconnaît pas toujours dans ce type qu’on est aujourd’hui, loin des rêves d’antan, si la vie peut avoir l’ironie cruelle en offrant un pyjama trop petit, il y a aussi et surtout tant de raisons d’aimer encore, de croire encore parce que quoi la poésie dérisoire peut-être nous aide. Alors, rosiers taillés ou feuilles mortes embrouettées, il importe de ne pas passer à côté sans les saluer d’un dire. Comment vous écrire / le sourire de la femme inconnue / qui me maintient en vie depuis bientôt deux heures ? Et l’on comprend soudain la nécessité de ce journal, de ces dates de cet inventaire compulsif. C’est qu’il s’agit de vivre et d’aimer. © Alain Kewes In Décharge 172

"Datés du jour de ponte" Lu par Georges Cathalo

Datés du jour de ponte.jpegBernard Bretonnière : « Datés du jour de ponte »

Si ce livre se présente sous la forme d’un journal de bord avec des dates sans millésime (de 2000 à 2005 paraît-il), il ne doit pas être lu à la manière d’un panorama à usage unique et personnel. Dans sa démarche descriptive et réaliste, Bernard Bretonnière prend soin de ne retenir que de menus faits dans lesquels le lecteur pourra se reconnaître. Il y évoque dans de brefs poèmes quelques membres de sa famille, son père, ses enfants et surtout Reine, sa compagne et sa reine… Il parle aussi de sa maison nouvellement achetée et retapée. Dans le domaine poétique, l’auteur parle d’une escapade à la rencontre des « poètes au teint pâle du Marché de la Poésie » en juin à Paris. On croise aussi des poètes qu’il affectionne tels que Pierre Tilman, Valérie Rouzeau, Jean-Damien Chéné ou Jacques Rebotier. On a droit ensuite à un « art poétique » souriant où un seul et même alexandrin (« Ce jour où je comprends que je suis un mortel ») est décliné en six versions différentes, en passant par le relais du poème de la page 50 : « Je meurs et je / renais / nous ne cessons de mourir et de renaître : / voilà / ce que je comprends aujourd’hui / de ma vie et de nos vies ». On retiendra de ce livre original la tonalité doucement mélancolique et sans pathos dans une démarche humaniste avec de sobres retours sur soi : « est-ce-que j’ai le droit de pleurer ? »

© Georges Cathalo in revue Verso

lundi, 09 janvier 2017

Un lycéen a lu "Tête Dure" de Francesco Pittau

Une lecture de « Tête-dure » de Francesco Pittau, (éd. Les Carnets du Dessert de Lune) sélectionné pour le prix des Lycéens de littérature 2017, par un élève du collège des Hayeffes à Mont-Saint- Guibert.

- Tête dure.JPEGOù est la transcendance de ce bouquin ? L'auteur est un enfant. Un enfant comme tous les autres, qui vit au milieu d'adultes et qui en subit les conséquences sur son innocence. Ce livre est un pissenlit. Une fleur qui une fois fanée troque son jaune contre des pistils gris ; un enfant-soleil trop vite soumis aux radiations du gris. Et parmi tous les pistils qui composent le roman, deux se démarquent nécessairement.

Un auteur qui se met dans la tête d'un enfant dans toutes ses observations, qui est capable de se changer en enfant le temps d'un livre et d'habiter la caverne maculée des choses perçues purement et instinctivement. Un vocabulaire adapté à l'enfance. Mais qui nous révèle que les enfants comprennent bien plus de choses que ce que l'on croit, qu'ils ont déjà tout compris, qu'ils repoussent déjà difficilement le gris.

Deux. Le réalisme des scènes est mis sur le devant grâce à des précisions sonores posées comme entendues. Un chien marche sur le carrelage : « tictictictictictictic ». Agréablement surpris. Et tout à fait admirable.

Désespérance est le premier mot qui m'est venu à l'esprit lorsque le court bouquin s'est terminé. Dans une atmosphère confinée, grise et sans perspective l'auteur a décidé de clore son histoire car il ne sert à rien de poursuivre ; il ne se passe rien qui change le quotidien de Tête-dure, «Le monde est toujours là. Inchangé », alors l'auteur lui aussi emporté dans la grisaille, renonce à faire changer ce monde enfantin et pourtant gris, gris, gris pour seul gris-gris.

Pourquoi désespérance ? Que les hommes sont de violents poivrots, que les femmes sont des hystériques dociles et que mis ensemble ils détruisent leur fruit commun, leur enfant. Leur enfant qui les regarde d'en bas, dans cette zone oppressante où l'on n'ose rien dire, où il faut paraître un homme viril, marcher aussi vite que papa, être aussi pieuse que maman, leur enfant qui les regarde depuis l'innocence ce mélange d'ignorance et de pureté. Désespérance des perspectives annihilées. Aucun personnage n'est une altitude pour Tête-dure ; ce sont tous des crabes dans leur domaine, tous des incultes dans leur domaine, tous des butés, tous des rapaces qui parlent sur les proies des autres rapaces. Tête dure n'a aucun échappatoire.

Et dans cette désespérance de perspectives il y a la tête de l'enfant et ce qui s'y trame. Un monde qui s'y construit au-delà de toute barrière. Où les choses sont simples, où les cow-boys gagnent et où le monde est plein de couleurs aventureuses. L'imagination met des couleurs sur le silence du gris. Et c'est l'imagination de Tête-dure qui est son propre échappatoire de réalité. Partir loin de la vérité. Loin de maman qui crie et papa qui exècre. Partir bâtir du neuf. Où on l'écoute, où il décide, où personne ne lui dit rien. Et que si il veut, quand on frappe, le sang qui gicle n'est pas forcément rouge. Car de l'autre côté, le côté véridique, quand le sens n'est pas gris, il rougit dans la douleur. La douleur des baffes, la douleur des soumissions, la douleur des silences.

Flllawp, flllawp les pages tournent vite et l'histoire est rompue dans son hyperbole. Le ton monte, la grisaille noircit, l'appartement déjà petit se minusculise, la faible lumière se met à clignoter, les courtes phrases de Tête-dure ne sont plus que des hoquets de syllabes, les cris sont des HURLEMENTS. Quand la rage ecclésiaste de sa mère qui voit son fils incapable du notre-père assassine des mains frénétiques sur son corps remboulé, Tête-dure se voit mourir en s'endormant. Mais la vie, au demain, remplie de bleus, est toujours là, inchangée.

La désespérance de cette fatalité, de ce doigt tremblant pointé sur le flanc de la vérité des Hommes, entre les côtes du destin gris des Hommes, la désespérance m'a irrémédiablement titillé les tripes, un peu à la manière de Céline. Céline qui donnait dans l'exergue du « voyage au bout de la nuit » le remède à son lecteur pour supplanter la désespérance : l'imagination, l'imagination de Tête-dure. « Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Et puis d’abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux. C’est de l’autre côté de la vie. »

© Alexandre Jadin, collège des Hayeffes à Mont-Saint-Guibert, le 4 janvier 2017

 Pour lire un extrait ou commander ce livre c’est là (ou en librairie) : http://www.dessertdelune.be/store/p780/Tête-dure_%2F%2F_F...