lundi, 07 décembre 2009

UN LUNDI CRITIQUES

En ce mois de décembre, 3 notes de lectures à propos de "Foulées douces" de Jean-Louis Jacquier-Roux et de "Mes escaliers" de Claude Vercey. Ces titres peuvent être commandés via le bon de commande à télécharger. Ils sont également disponibles sur les librairies en ligne ou chez votre libraire favori.

Bonnes lectures

_ID_91394_mini_Pienza-aout-07-031a.jpgParfum de femme : Victorio Gassman
ou Jean-Louis Jacquier-Roux ? (Pienza août 07) © Claude Vercey

Foulées douces Jean-Louis Jacquier-Roux se présente sous l'aspect d'un journal d'écrivain, tenu pendant les années 1997 – 2005. Mais je définirais davantage cet ouvrage comme un récit. D'une part, parce que les notes ne nous sont pas livrées brutes, mais reprises par l'auteur qui s'efforce, promet-il en avant-lire, d'en garder le tremblant éclat. Et son écriture contrôlée et limpide réalise en effet l'ambition démesurée de la simplicité, qu'à l'évidence il partage avec Luigi Pintor. D'autre part, parce que l'unité de lieu tend à dramatiser l'action, centrée sur la maison de Missiano qui, une ou deux fois l'an depuis 1989, accueille l'écrivain et M..., sa compagne. Que Jacquier-Roux aime l'Ombrie, on n'en doute pas ; et le rappelle à propos Pierre Présumey, préfacier mais aussi personnage du récit, qui fait son entrée avec Christine (pourquoi cette épouse conserve-t-elle son prénom, quand celle de l'auteur est réduite à n'être qu'une initiale ... ?) le 12 août 2006 : « Bonheur. Exaltation. Pierre, bien vite, va donner le rythme. ».) Que le cœur du monde batte à Messiano, aussi on le sait depuis que le poète a dédié à ce village un recueil. Mais lui restait encore, « enfant gâté de ne rien posséder » à décrire la maison, ce qu'il fait le 31 juillet 2000. Descriptions, lectures, éblouissement devant quelque Annonciation, émotions de la rencontre, même furtive, d'une belle femme triste ou du fantôme de Luzi, flambées d'enthousiasme et coups de déprime : rien ne manque de ce qui d'ordinaire donne son prix à un journal. Mais on échappe au compte-rendu de la banalité quotidienne en ce que le séjour en Ombrie met à proprement parler l'auteur hors de lui, le jette dans le ravissement, une folie douce qui ne le quittera qu'à l'approche du retour. Et dans le miroir qu'il tend à Messiano et à la contrée environnante, se dessine l'autoportrait, d'une délicate impudeur, d'un homme fragile que camouflent la fièvre des activités et le feu de l'érudition. On pourrait craindre le répétitif dans ces pages de retrouvailles annuelles et de départs répétés : le temps se charge de semer le désordre dans ce monde voué à la vacance et à la délectation esthétique. Le bonheur se goûtera sous la menace. C'est d'abord le tremblement de terre du 27 septembre 1997 qui frappe Assise et l'Ombrie : « Messiano épargné », note l'auteur soulagé, depuis la France. On découvrira l'ampleur des dégâts l'été suivant, et on suivra par la suite la lente guérison de la ville, les peintures sauvées, mais « a-t-on dépensé semblable énergie pour ceux qui ont tout perdu ? » Puis le couple propriétaire de la maison se sépare : «  Pour la première fois, S. a parlé de mettre en vente la maison de Missiano » (25 Avril 2001) : il faudra vivre désormais avec l' appréhension d'un impossible retour : « Chaque année la même épreuve ... » Affleure enfin l'inavouable, l'angoisse du temps qui passe, ver au cœur des jours heureux : ainsi, au soir d'un 15 août de liesse populaire : « En moi, quelque chose s'est rompu qui me coupe de la fête. Me voici devenu vieux et de plus en plus sujet à de douloureuses crises de tristesse que j'essaie de cacher : la Vie est belle, désirable, inaccessible. Loin du bord de la piste. » J'ai lu Foulées douces de mon ami Jean-Louis avec une émotion inattendue, poignante : il y a tant d'inconnu qui se révèle chez qui je croyais connaître ! Sans doute, aurais-je dû cependant m'abstenir de commenter, et le lecteur garde toute raison de se récrier contre le procédé. Avec ce récit-journal égotique, il m'apparaît que l'écrivain donne sa pleine mesure : s'y déploient une liberté d'expression, une sincérité jamais atteintes dans les poèmes, nouvelles ou essais antérieurs, et son écriture précise et économe de moraliste réfléchit au mieux les variations d'un esprit subtil et torturé, des emballements érudits dont il s'étourdit à sa secrète et pétrifiante mélancolie qui finit par étreindre le lecteur même. © Claude Vercey in I.D N° 223. http://www.dechargelarevue.com/id/?art=261

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Mes escaliers - Claude Vercey. Tout juste sorti des presses sélénites, le recueil de Claude Vercey se lit d'une traite comme on déguste un nougat de Montélimar. A l'instar de la friandise, on y trouvera diverses consistances, diverses saveurs, à mesure qu'on avance dans la lecture : fable, épigramme, variations & gloses, poèmes et nouvelle. Plus un cahier de photographies de Georges Curie et néanmoins d'escaliers, semés à travers la ville de Dôle, dont les contrastes auraient pu être plus accentués (mais ce n'est que mon avis). Claude Vercey le dit lui-même, il n'a aucune raison de parler d'escaliers, n'a pas grand-chose à en dire, a priori[1]. Ce défi lui plaît. Et il le relève avec brio, semant son propos de calembours, de digressions, de clins d'oil et d'acrobaties sonores fort réjouissantes. J'ai particulièrement apprécié l'explication acoustique du mot, où les cas liés des marches alternent avec les paliers/pas liés. Préfacé par Jean-Pierre Georges qui en rajoute une couche, on quitte ces escaliers un peu étourdi par la vis du colimaçon verbal, à moins que ce ne soit ivresse des sommets car ces variations virtuoses n'en oublient pas de dire, avec le sourire, quelques vérités poétiques. Un escalier, rappelle Vercey, se prend, s'emprunte, peut quelquefois être dérobé, mais jamais il ne se donne. Respirez donc un grand coup, et faites l'effort de vous y engager. Vous ne le regretterez pas. © Alain Kewes in Décharge N°144
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[1] Cela me rappelle, en passant, le poème de Henry Somm « Un escalier qui n'aurait pas de marches / ne serait pas du tout un escalier » que Jean-Luc Debattice a inclus dans son époustouflant spectacle consacré au poètes du Chat noir, Toutes griffes dehors, disponible en audio (mais on y perd) chez EPM, prouvant entre autres choses, que si l'homme s'en tient souvent à la rampe, l'escalier lui, est dans la marche, d'où le grand intérêt pour le premier nommé d'emprunter le second s'il veut quelque peu s'élever.

Claude  Vercey a le jarret ferme, je puis en témoigner. Au terme d’une longue série d’épreuves probatoires  que je lui infligeai, un été en Ombrie le long des villes en pente, je découvris, émerveillé, combien l’empilage des marches, contre-marches, colimaçons  et autres escalators avait réussi à lui monter jusqu’à la tête pour irriguer enfin la belle méditation hélicoïdale qu’il nous donne aujourd’hui à lire.

Quelle énergie, en effet, quelle pétulance dans ce manuel (légèrement détourné) consacré au bon usage de l’escalier. Au fil des pages la sentence s’agrippe à la rampe comme une centenaire inoxydable, l’aphorisme (« L’escalier est une balance juste »)  y fait la courte échelle au précepte de concierge (« Les artistes sont priés / d’emprunter l’escalier de service / de le rendre à la sortie / en bon état de marches »). Ou bien encore, le pastiche (La contre-marche : hommage à Meschonnic, gentiment moqué ?)  précède d’une demi-volée le mauvais rêve (Anne ou la dernière porte) entrevu à la dérobée. L’esprit du lecteur se prend bien vite à ce jeu de yo- yo ontologique que n’aurait pas renié Dante.

De sa baguette précise (et subsidiairement magique), il Maestro Claudio mène cette revue polysémique avec le plus grand sérieux (qualité essentielle du véritable humoriste). A la fin de la représentation, du bas de son empyrée et sans plumes là où je pense, je crois l’entendre s’adresser au public : « L’ai-je bien descendu ? »

A noter que notre sigisbée des hauts et des bas bénéficie ici de la complicité ébouriffée de Georges Curie (photographe) et de Jean-Pierre Georges (préfacier). © Jean-Louis Jacquier-Roux

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vendredi, 03 juillet 2009

Où l'on a parlé de "La dernière pierre"

On en a parlé récemment dans la presse.

"La dernière pierre" Christine Van Acker. Illustrations Stéphanie Buttay. Préface Chantal Couliou. Parution juin 2009. Grand prix SGDL de la fiction radiophonique. 9,00 euros.bon de commande nouveautés juin 2009.pdf

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Christine Van Acker, artiste, a trouvé sa page vierge dans le Luxembourg. Paris l'attend pour une récompense. Une affaire de « fiction radio »...

Heureuse qui comme Christine, poursuivra sans cesse son voyage. Christine Van Acker est une artiste qui aura toujours un tiroir à ouvrir. Un secret à sortir quand il faut. De création en création, elle surgit là où se trouve le mot, l'écriture, la narration...

Écrivain, « actante » d'ateliers d'écriture, monteuse de fictions radiophoniques singulières... Christine est boulimique de créativité. C'est justement « sous sa casquette » de dame de radio que nous la retrouvons aujourd'hui, à Lacuisine (Florenville).

L'artiste, qui a quitté la ville voilà une poignée d'années pour venir se nourrir de la sérénité de notre verte province, - sa page vierge, son imagination au creux de l'oreille, est lauréate du « Prix SGDL », à Paris.

« SGDL », demandez-vous ? La Société des Gens de Lettres ». Le 16 juin prochain, Christine, invitée à la Ville des Lumières, s'y verra attribuer le « Grand Prix SGDL de la fiction radiophonique » pour son oeuvre « La dernière pierre » (une production « Les Grands lunaires ASBL).

La SGDL a été fondée en 1838, par des écrivains célèbres dont Balzac, Hugo, Dumas, Sand...) Sa vocation est de défendre le droit moral et les intérêts patrimoniaux de tous les auteurs de l'écrit.

« Christine Van Acker est comme cet oiseau... »

Si l'on voulait résumer cette histoire, « La dernière pierre », il faudrait juste dire : « C'était, il y a longtemps, dans sa cellule, un captif fou qui tournait en rond et parlait aux pierres de sa prison, jusqu'à ce qu'il finisse par user la pierre jusqu'au dernier grain. »

« La dernière pierre » n'est pas « facile » à écouter. C'est un univers de folie, répétitif, duquel on ne sort pas indemne. Mais c'est une création entièrement libre dans laquelle Piétro Pizzuti (le comédien) et Thierry Van Roy (l'arrangeur sonore) ont leur part et se sont donnés sans compter. Quelqu'un a dit que la radio, c'était comme la télévision mais avec un écran beaucoup plus large. Nous y mettons les images que nous voulons. »

Une sensation sur ce prix ? « Je me rends bien compte qu'un prix n'est pas seulement une récompense personnelle. Il est la somme des années de travail, des rencontres, de ceux qui m'ont ouvert leur porte, de ceux qui m'ont inspirée, de ceux qui m'accompagnent dans mon travail. À chaque nouvelle aventure, c'est l'innocence, l'oubli du savoir-faire, la maladresse... »

Christine Van Acker est comme cet oiseau, sautant d'un arbre à l'autre : de l'écriture au son, de la radio à l'atelier de mots. Avec charme et poésie « La dernière pierre », par Christine Van Acker, RTBF/Radio Campus Bruxelles, 2 009. Durée : 28'52

© Mariette Gillet. L'avenir.


RADIO - "La dernière pierre" rafle le Grand Prix SGDL pendant qu’ "Olimo", "Un drôle de silence" et "Sangs mélés" sont sélectionnés dans le cadre des radiophonies
Plusieurs œuvres soutenues par le fonds d’aide à la création radiophonique à Paris, l’une pour recevoir son prix déjà acquis et les autres pour les  Radiophonies 2009.

Christine Van Acker recevra le 16 juin à Paris le Grand Prix de printemps 2009 de la fiction radiophonique pour son œuvre "La dernière pierre"(Production Les Grands Lunaires asbl). L’auteur avait déjà ému le public avec « Baltimore », une plongée dans le pays de l'enfance dont un des avantages est aussi qu'elle passe. Avec « La dernière pierre », Christine Van Acker propose une fiction plus abstraite mais tout aussi troublante, interprétée par Pietro Pizzuti. Un homme fut enfermé dans une tour pendant toute sa vie au Portugal. C'est le point de départ de l'écriture que d'imaginer la métaphore sonore d'un homme tournant en rond au sens fort du terme.

Le Grand Prix a été attribué par la Société des Gens de Lettre (SGDL) pour sa session de printemps 2009.

© Communauté française de Belgique.be

 

Où l'on a parlé des "Pommarins"

Où l'on a parlé des Pommarins d'Hervé Bougel sur le site de Marie-Laure Bigant http://lesmotspartages.blogspot.com/ et dans"La lettre de sortie de secours " N°24 de Jean-Louis Jacquier dont je publierai à l'automne un livre intitulé "Foulées douces".

"Les Pommarins" Hervé Bougel. Illustrations Hubert Daronnat. Préface Roland Tixier. 10,00 euros.

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Le livre, préfacé par Roland Tixier (homme charmant que j’ai croisé lors d’un salon, poète de son état – lu et apprécié) et illustré par Hubert Daronnat, dépeint le milieu ouvrier dans les années 70.

L’auteur raconte une période de sa vie où il a travaillé dans une usine, où les conditions de travail n’étaient pas évidentes. De sa plume habillée de mots vrais, parfois crus, parfois tendres, parfois durs, mais derrière lesquels le poète n’est jamais bien loin, il décrit une réalité d’une époque où hommes et femmes prennent vie, à travers une galerie de portraits, dans ce qui faisait alors leur quotidien.
On suit ce jeune homme à peine sorti de l’adolescence qui entre dans cette vie dont il n’a pas vraiment rêvé et qui pose un regard observateur sur ce qui l’entoure…
Comme toujours l’écriture d’Hervé Bougel va à l’essentiel, sans fioriture, mais suffisamment puissante pour projeter notre imaginaire là où il veut que nous allions…
Pour commander le livre : c'est ou bien ici
© Marie-Laure Bigand

LA LETTRE DE SORTIE de secours n°24

Hervé Bougel .- Les Pommarins .- Ed. Les Carnets du dessert de lune.

Chacun de nous se construit au fil des jours jusqu’au der des der. Chacun de nous, comme l’écrit Sartre dans son Baudelaire, doit perpétuellement se faire. Le temps immobile façonne les êtres. Du long arrêt fixe qu’effectua Hervé Bougel aux Pommarins -une usine de la banlieue grenobloise où le travail était dur- et qui constitue le cœur et le corps de ce récit, le lecteur perçoit bien vite l’importance. Chaque matin, Bougel part au boulot parce qu’il faut bouffer et le concentré d’humanité auquel il se frotte lui donne peu à peu sa propre patine. Et c’est là, pour moi, l’essentiel de ce beau livre à mesure d’homme. L’atelier, les compagnons de labeur, les machines, les heures plombées et mornes, les rares instants d’évasion impriment dans la carcasse et l’esprit du jeune apprenti le plus rigoureux, sinon définitif, des mots d’ordre : « La vie la comprendre et vite. » Pour l’accoler à celle des humbles.

On le voit : dans ces pages, nulle envolée lyrico-prolétarienne, nulle commisération forcée pour ces travailleurs anonymes dont seul le nom du pays évoque un semblant d’identité. L’appétit vital, le goût des autres (tels qu’ils sont) stimulent l’écriture, la dépouillent, l’éclairent d’une lumière blanche. Quelque chose de Bougel est resté aux Pommarins. Ou plutôt : quelque chose des Pommarins est resté en Bougel. Quelque chose capable de nourrir désormais une parole en sursis, donc rare. © J.-L. J.-R.

mercredi, 17 juin 2009

Où l'on parle de tétralogie

Pour celles et ceux qui n'auraient pas encore succombé à la fameuse tétralogie de Daniel Fano, entamée en 2004 et dont le dernier volume "La vie est un cheval mort" (disponible chez l'éditeur, dans les bonnes librairies ou sur rezolibre) est paru récemment, ceci vous donnera peut-être envie d'entrer dans cet univers où l'on ne sait plus trop bien ou s'arrête la réalité et où commence la fiction ou bien l'inverse.

La folle galopade du cheval mort

Il est encore possible de publier des livres tout à fait originaux, difficiles à classer, à définir ou à résumer. Ainsi de La vie est un cheval mort, dernier tome de la tétralogie que Daniel Fano publie aux Carnets du Dessert de Lune. Ce livre fait suite à trois autres romans, mais il n’est sans doute pas nécessaire d’avoir lu ceux-ci pour lire celui-là : de toute façon, c’est à une expérience de lecture inhabituelle que l’on est convié ici.

Les premières pages semblent appartenir à un roman policier : on a affaire à des armes et à des personnages aux noms étranges, contenant un nom propre connu (Patricia Bartok, Jimmy Ravel), un nom commun évocateur (Monsieur Typhus) ou présentant une structure improbable (les mots « Inspecteur et Flippo » désignant une personne unique). Mais, très vite, la scène dans laquelle on croit être entré se démultiplie et se fragmente : on a l’impression que les cartes narratives se sont mélangées, que d’une ligne à l’autre on passe à un tout autre point du récit. Puis, ce récit lui-même est abandonné pour laisser place à de tragiques morceaux d’histoire récente : quelques paragraphes sont consacrés, çà et là, à la violence guerrière, à l’antisémitisme, au terrorisme, aux exactions américaines en Irak, à Baader, à Khadafi, au Che Guevara, à Arafat, à Mao, à Staline, à Mobutu ou à Goebbels. À ces paragraphes se mêlent d’autres où, sans transition, il est question de mannequins anorexiques, d’actrices porno, de stars de la pop américaine, Elvis, Madonna, Marilyn Manson, de rappeurs bling-bling, d’un conférencier qui explique que « la société qui a remplacé celle des dinosaures touche à son terme », d’actrices hollywoodiennes, de Clausewitz qui professe que jamais l’humanité ne renoncera à la violence, de l’exposition de cadavres plastinés du docteur Von Hagen, de « l’épilation intime », de la « villa penchée » dans Le Mépris, de Desperate housewifes, de la cigarette dans un mouchoir de La dame de Shanghai, de « la modernité de Rimbaud qui tourne le dos au moderne », d’Internet, d’Iphigénie selon Euripide ou Racine, des filles du Crazy Horse, des journalistes qui confondent métonymie et métaphore, des considérations de Rousseau sur la masturbation, du joueur d’échecs Bobby Fisher, de Chostakovitch, du décolleté Wonderbra et des bas Dimanche devenus les panty Dim, etc. Certains de ces motifs ne sont présents qu’une fois, d’autres reviennent avec insistance. Et de temps en temps réapparaissent les personnages fictifs, dont l’activité consiste à perpétrer de nombreux assassinats. Ils reviennent d’ailleurs parfois tels quels : les pages 52 et 133, qui les mettent en scène, sont identiques.

Daniel Fano veut-il à travers cette construction habile et insolite faire passer un message ? Si l’on se place du point de vue politique, deux lectures sont possibles. Ou bien il s’agit de dénoncer d’un même mouvement la violence guerrière et l’instrumentalisation du corps de la femme – double dénonciation qui ne peut qu’entraîner une adhésion unanime. Ou bien il faut considérer qu’en racontant les horreurs perpétrées par les uns et les autres, Fano cherche à annuler toute distinction entre la gauche et la droite, la bande à Baader et les nazis, les Israéliens et les Palestiniens, Bush et Chavez, les talibans et Massoud, les attentats sanglants et les films pornographiques, toutes choses étant égales dans l’abjection… Cette seconde position, on le voit, est nettement moins consensuelle. Et, comme l’écrivain se trouverait dans la situation paradoxale qui consiste à émettre un discours contre l’idéologie, c’est-à-dire contre le discours, la déconstruction profonde du texte servirait alors à éviter la construction idéologique. Si la politique est ici omniprésente, elle se limite en effet à des faits sanglants. La profondeur est atteinte paradoxalement par la mobilité constante de la surface – et non par la fouille obstinée.

Mais peut-être, troisième hypothèse, Fano ne cherche-t-il pas à transmettre un message. Il aurait alors seulement besoin de dresser un constat, si amer soit-il, sans rien espérer de sa formulation. Et son moyen d’expression est alors la littérature, même s’il s’aventure aux frontières de celle-ci. « Son ouvrage est essentiellement polyphonique », explique un communiqué de presse. Je dirais plutôt qu’il est dodécaphonique : on entend une voix unique, celle de l’auteur, mais qui passe le plus rapidement possible par toutes les possibilités de la gamme, en juxtaposant les motifs sans se soucier de la vieille harmonie tonale. Il en résulte un livre grave et envoûtant, plus facile à lire qu’il n’y paraît à première vue, un livre qui ne ressemble à nul autre…

… si ce n’est au Repaire du biographe, que le même Daniel Fano fait paraître à La Pierre d’Alun. Il s’agit d’un livre illustré par Jean-François Octave, où l’on retrouve certains des personnages fictifs de la tétralogie, ainsi que quelques-unes des obsessions de l’auteur, notamment les stars hollywoodiennes. Le repaire est cependant moins dur que La vie est un cheval mort. Voilà deux entrées différentes pour accéder à l’univers éclaté mais cohérent de Daniel Fano.


Laurent Demoulin

Copyright Le Carnet et Les Instants N°157

Daniel Fano, La vie est un cheval mort, Bruxelles, Les Carnets du dessert de Lune, 2009, 148 p., 17 €.

Daniel Fano, sérigraphies de Jean-François Octave, Le Repaire du biographe, Bruxelles, La Pierre d’Alun, 2009, 75 p. 32 €

vendredi, 29 mai 2009

Liens qui lient

Bonjour,

Petite présentation du site des Carnets sur Texture à l'adresse:

http://baglinmichel.over-blog.com/article-32001325.html 

L'auteur de cet article, Georges Cathalo, a publié, il y a déjà quelques années, dans la collection Carnet :

Carnet des relevés du cadastre poétique avec des dessins de Claudine Goux et une préface de Louis Dubost.

 

samedi, 21 mars 2009

Des notes de lecture, un jour de soleil

Ami(e)s du week-end et de la poésie.

Une  note de lecture  de Georges Cathalo à paraître dans le N°113 de la revue Rétroviseur.

AVEC LE TEMPS. Roland Tixier. Illustration Roger Groslon. Préface Christian Degoutte. 16,00 €

Au fil de ses rares publications, Roland Tixier a su conserver un ton reconnaissable autour de la forme brève. De haïku en haïku, l’univers du poète se découvre par touches minuscules, par flashes ou par arrêts sur images. L’auteur sait relier des mondes opposés dans un habile télescopage : « en survêtement Adidas / elle lit Gogol dans le métro / parfois un regard vague ». Il fait cohabiter une observation subtile de la nature en milieu urbain (oiseaux, arbres, fleurs…) et les avatars habituels de la ville (bus, métros, parkings, quais de gare,…). C’est grâce à ce rapprochement insolite qu’il parvient à déceler des signes invisibles au commun des mortels, comme une chaleur intime dans un désert de glace. « La rue est mon jardin », écrit Tixier qui excelle dans le vagabondage urbain à travers des lieux familiers : « connaître le bonheur / d’avancer droit devant / dans le monde des rues ». Et puis ce rappel permanent : « penser à prendre son temps », car on n’en a jamais fini avec le temps et sa terrible ondulation. Ce n’est pas par hasard si Jean-Louis Massot qui dirige les éditions du Dessert de Lune a choisi ce recueil comme centième titre, avec « des mots qui bruissent pour saisir le temps bien plus que d’une simple et invisible esquisse ». Juste saisir le temps pour lui voler quelques pépites.

 decharge.JPGDeux notes de lecture dans le dernier n° de la revue Décharge, le 141. L'une de Jacmo pour "Les Pommarins" d'Hervé Bougel. L'autre de Claude Vercey pour "Avec le temps" de Roland Tixier.

LES POMMARINS. Hervé Bougel. Illustrations Hubert Daronnat. Préface Roland Tixier. 10,00 €

A priori, tout fait penser à un lieu-dit, une auberge, en effet. Nenni, c’est le lieu où se trouve l’usine dans laquelle Hervé Bougel  a travaillé quelque temps dans les années soixante-dix. D’abord trop jeune du côté femmes, puis chez les hommes. Un travail ingrat à découper du caoutchouc, en trois huit. L’occasion pour un auteur de revenir sur les tâches,  les machines, les ouvriers de différentes nationalités. Les grèves, les cadences, les accidents. Tout le quotidien de l’usine, toujours sidérant, quand on ne connait pas bien la chose. Au bout de l’épisode, ça donne ce récit au style alerte et gouailleur, fort à propos, qui se laisse déguster comme un bon alcool.

 

AVEC LE TEMPS. Roland Tixier. Illustration Roger Groslon. Préface Christian Degoutte. 16,00 €

Roland Tixier est un poète modeste, qui pratique la modestie comme d’autres usent de la provocation, avec l’assurance assez troublante de qui sait posséder dans son jeu un atout maître, - modestie qu’il s’applique à suivre comme on le fait d’une ligne politique, modestie sur laquelle de longue date il a fondé une esthétique, mot que sans doute il récuserait. « Avec le temps », publié aux Carnets du Dessert de Lune, n’a présenté, à mes yeux du moins, aucun charme immédiat : il m’a fallu le temps d’une lecture soutenue et attentive pour en découvrir les richesses, - « richesses ordinaires des gens modestes » entends-je ironiser Christian Degoutte, son préfacier - ; découvrir le pari de l’auteur, qui est de refuser les artifices ordinaires de la séduction, images, jeux  ou effets de langage ; de s’appliquer à écrire avec la plus grande platitude. Qui n’est pas la recherche d’un dépouillement : un poème comme  

 ça y est ce matin

la factrice a enfin

« mis un nom sur mon visage »

pourrait économiser un ça y est ou un enfin, sans que perdre le moindre grain de sens. En vérité, l’écriture de Roland Tixier n’est guère soucieuse d’économie de mots, de ce moins-dire, qu’un spécialiste comme Maurice Coyau met en avant ; cette forme ici pratiquée participe ici d’une libre adaptation du haïku, courante chez les poètes français du quotidien, qui en ont usé et abusé, au point que cette forme a perdu aujourd’hui tout prestige, - en cela convient tout à fait au projet modeste de notre poète.

Roland Tixier est notre cendrillon, le lecteur doit percer à jour ses charmes et ses vertus sous les oripeaux d’une banalité apparente, oublier jusqu’à ses préventions dont certaines renvoient à l’histoire même de Roland Tixier, créateur des Editions du Pré de l’Age, minces plaquettes qui sur un format minuscule égrenaient de courts poèmes, haïkus entre autres mais pas seulement, qui se dégustent page à page, poème à poème, au goutte-à-goutte. Dans la récente publication, les poèmes vont par quatre sur 100 pages (avec des changements de rythme bien venus dans la mise en page, qui rompent la monotonie), leur faisant perdre cet aura de mystère et de silence, cet arrière fond vaguement mystique ou zen, dont à l’évidence l’auteur serait aujourd’hui encombré : son haïku n’est pas une goutte de miel dont il convient de se délecter longuement, elle est prise dans un mouvement, qui est celui du temps, mais aussi celui de la marche d’un piéton urbain, qui «arpente sa banlieue». Et :

 « c’est toujours pareil ».

 Ce constat désabusé est le fond sur lequel s’inscrit la problématique du livre, mais il est refoulé et tu, puisqu’il va sans dire. Certes :

 passé un certain âge

le curieux labeur

d’égrener les années

 Condamné au retour du même, le poète s’applique à relever comme autant d’instants miraculeux les raisons de s’étonner, devant ce qui annonce, précède, arrive ou au contraire s’attarde plus que d’ordinaire: la première chaleur de l’été ou le  premier froid, ou un dernier cinéma de quartier qui résiste:

 premier jour d’octobre

vu déjà un sapin blanc

dans l’entrée d’Ikea

 « Avec le temps » est ainsi animé d’un mouvement général, ponctué de ces instantanés où le piéton de Villeurbanne, très présente avec ses gratte-ciel et sa station de métro Hôtel de Ville, ses noms de rues et de square, saisit sur le vif les évènements minuscules, grâce auxquels les saisons marquent la ville de leur empreinte, mais aussi ce qui introduit des variantes sur le parcours familier, rencontre d’un merle ou d’un cantonnier, ou encore :

 l’aventure de ce jour

fut de prendre rue du Nord

plutôt que rue des Mûriers

 Ainsi ces mots, dont Roland Tixier use si volontiers qu’ils font parfois pléonasme, les encore, enfin, à nouveau, sont moteur et marque la véritable nature de cet écrit, celle d’un carnet de bord tenu par un homme sans qualités, persuadé « qu’il ne fait rien de rare », attentif cependant et qui s’est donné comme contrainte la moindre des contraintes, de noter sur ces trois vers qui font le haïku, les légers désordres quotidiens.

Toutefois dans cette crue de notations, auxquelles l’auteur semble imposer sa volonté de piéton quelconque, frémit, en une minorité de poèmes, l’ombre d’une inquiétude inattendue :

 est-ce moi enfin

sur ce trottoir granuleux

sous ce ciel de traîne ?

 ou, plus poignante, d’une confidence, qui donne tout son prix à ce journal voué à l’anonymat :

 rares les endroits

de la ville

où je n’ai pas pleuré

Délicat, angoissé, provocateur à sa manière, un rien bravache aussi : ainsi marche Roland Tixier. 

 Aussi une note de lecture de Cécile Thibésart sur le site http://terreaciel.free.fr/feuilles/tixier.h...

C’est le mot « mouvement » qui m’est venu en refermant le recueil de haïkus de Roland Tixier, Avec le temps, paru en 2008 aux éditions du Carnet du dessert de Lune.

Le poète se promène dans des paysages urbains : j’arpente ma banlieue annonce-t-il. Le verbe marcher scande le recueil et le métro, les parkings, le bus, les chantiers, les rues, les commerces, la zone industrielle constituent le décor.

Le regard du poète nous restitue la ville dans son mouvement et dans sa diversité : 

paroles entendues

première chaleur d’été
c’est le début dit la voisine
on ne va pas se plaindre

scènes observées

deux vieillards deux verres
au fond du café
où l’après-midi n’a pas de prise

photographies

poupée de porcelaine
dans le bus du matin 
drap noir yeux de jais

sensations

ah ! l’odeur des mandarines
de l’épicerie orientale
à l’approche de Noël

Un regard attentif, empathique et fraternel. Le poète traverse la ville mais se laisse aussi traverser par elle :

certains jours le chant des oiseaux
est grande merveille
d’autres jours il me transperce

La promenade fait surgir des souvenirs

mon père lui aussi 
entendait sonner l’heure
au clocher de l’église

et la géographie devient intime

rares les endroits
de la ville de toujours
où je n’ai pas pleuré

Les haïkus deviennent alors reflet des émotions du poète, entre journal intime et confidence aux lecteurs

ciels noirs de tous les étés 
certains jours sont de trop 
j’ai mal à vivre vous savez

Une certaine mélancolie baigne le recueil car le mouvement est aussi celui, inéluctable, du temps.
Les saisons, les jours sont là pour témoigner de sa fuite. :

je prépare le thé
je brûle de l’encens
le temps nous est compté.

Enfin, le mouvement est celui de soi vers soi : à travers les autres, à travers le monde, c’est aussi lui-même que le poète rencontre : je marche vers moi . Avec, vers la fin du recueil, de petits rappels à soi-même, qui sont également pour nous lecteurs des invitations à ne pas oublier l’essentiel :

tu vois aujourd’hui encore 
tu as failli oublier 
de regarder le ciel.

Egalement une note d'Alain Wexler dans la revue Verso N°136 pour Ellis Island's dreams de Menaché.

Texte coup de poing. Ménaché dit l'écrasement devant la démesure. Le verrouillage. La détresse qui s'extériorise par des monologues, des rires, «Entre Central Park et Lincoln Center on n'entend pas les cris de Wall Street tuant les chants de Harlem». Cette réflexion sur un ordre écrasant trouve son exutoire dans le texte John l'Enfer et après. Cette verticalité, ce vertige renforce l'idée de la gravitation et cette représentation de la chute suggère le cri et cette image de l’état sauvage : «Baiser au serpent entre ciel et terre / l'état sauvage nargue l'état de droit / l'ordre n'est qu'un voleur de vie / quand la lumière des lieux / tient au laveur de vitres / et la vie du laveur / à un fil / quand la ville dresse ses épaves / ancrées / dans le 'vide infini / des rêves verticaux / quand la bête à ventouses / descend le long des falaises / de verre / alors son cri sauvage / se perd / dans l'avenue» Ce texte est synthétique, J'aime l'image de l'épave dressée vers le ciel. Autre formulation de cette peur du vide ou tout se précipite faute d'humanité ou gratte-ciel dressés comme des Titanics.

Voyagez bien !

 

jeudi, 12 février 2009

De l'intérêt pour les mots

INVESTISSEZ DANS LES MOTS, C'EST PLEIN D'INTERETS !

Le livre de Daniel Labedan "Transatlantique" paru en juillet 2008 dans la collection Pleine Lune a été lu par Jean-Marie Dinh, journaliste à La Marseillaise. Voici ce qu'il en écrit :

« Dis bonjour à la lune »
Est-il plus simple de faire entendre la voix de la poésie quand on habite au bord de la mer ? C’est le cas pourrait-on penser de Daniel Labedan qui vit à Marseille et anime la revue en ligne Les États Civils . D’ailleurs, son dernier recueil poétique personnel :  Transatlantique ne saurait nous faire mentir. Sauf que, de Marseille il faut encore rejoindre Gibraltar pour passer de l’autre côté. Sauf aussi qu’un dénommé Lucien Quine, patron de la société Silence Accès, spécialisé dans l’espionnage industriel pour le compte des multinationales semble avoir décroché le rôle principal de cette aventure poétique. Ce qui, prétend-t-on encore, ne facilite pas les choses.
Mais à ce moment, où les débris de la révolution nationale ont rejoint le lyrisme poétique dans l’oubli, il est indéniable qu’il faille savoir écrire pour parler des choses importantes. Et penser, comme le fait Lucien, les choses plates et sans profondeur qui nous entourent, se révèle un exercice diablement compliqué. Arrêter un instant de vouloir comprendre pour sentir. Vous y songez ! Que se soit à La Plata en Argentine à Caracas ou ailleurs qu’est ce qui change pour le pêcheur qui est au bout de la digue ? C’est étrange, dans Transatlantique, on sent le  vent qui souffle dans les rayons du supermarché comme si on était face à mer. C’est un peu perturbant. Mais bon, on ne va pas s’attarder là,  parce que « Les oiseaux font comme s’ils n’existaient pas ».
Il y a dans l’écriture de Labedan, beaucoup de raisons inconnues qui font qu’on trouve ses textes courts particulièrement beaux.

Jean-Marie DINH

 

Stéphanie Buttay et Perrine Le Querrec, l'une ayant écrit "Coups de Ciseaux", l'autre l'ayant illustré (ou peut-être l'inverse) sont sur La Toile.

Cliquez sur leur lien dans la rubrique Convives.

Marie Evkine, auteur de "Et la nuit" paru en 2007 dans la collection Pleine Lune, vient de sortir sous le pseudonyme de Marie Candoe "Osez... Les conseils d'une lesbienne pour faire l'amour à une femme" aux éditions La Musardine.

mardi, 18 novembre 2008

à chercher, à lire, à voir, à entendre

De retour de Grigny, où se fut l'occasion de revoir Anne-Lise Blanchard, Hervé Bougel, Christian Degoutte, Jean-Louis Jacquier-Roux, Ménaché, Roland Tixier, Claude Vercey, de rencontrer Hubert Daronnat, de croiser quelques éditeurs amis, Jacques Brémond, Jean Princivalle, Olivier Brun, de présenter les dernières et récentes parutions, de donner à Hervé et à Roland des exemplaires de leur livre, "Les Pommarins" à l'un, "Avec le temps" à l'autre, d'offrir quelques Dessert de Lune, d'aller retrouver quelques souvenirs d'enfance dans les rues de Grigny et sur les bords de ce bon vieux Fleuve-Rhône, et avant de commencer à se préparer pour le dernier salon auquel je participerai, le Salon de l'Autre livre à Paris, à la fin du mois (visuels et programme en ligne dans les prochains jours), voici tout ce que j'ai trouvé à mon retour dans ma boite mail. Il y a parfois des retours moins agréables.

SUR LES RAYONS DE LA FNAC DE LILLE.

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 Critiques des parutions de juillet par Jacmo à paraître dans le N° 140 de la revue Décharge

Pierre Soletti : J'AURAIS VOULU T'ECRIRE UN POEME (Les Carnets des desserts de lune)

Jean-Louis Massot a mis en place avec ses dernières publications une sorte de chaîne ou de cooptations : les auteurs post-façant les copains. Pierre Soletti : le leit-motiv anaphorique, avec son conditionnel passé, indique à la fois son pesant de frustration et son éventail de possibles. On est en même temps dans un message de regret et d'espoir. Au bout du compte, a été écrit un recueil. Jean-Marc Flahaut préface.

Jean-Marc Flahaut  : SPIDERLAND (Les Carnets du dessert de lune)

Cette fois, c'est Daniel Labedan qui préface l'ouvrage de son ami. « Spiderland » tourne autour des araignées, certes. Mais peu importe le prétexte. On se laisse prendre dans cette histoire un peu décalée avec ses personnages foutraques et éthérés. On est toujours à la limite du farfelu, mais tout se tient finalement, une fois qu'on a écarté toute tentative de justification trop cartésienne. Et on est loin de bouder son plaisir de lecture en acquérant la légèreté adéquate, une fois pris dans les fils de la toile de Jean-Marc Flahaut. (Illustrations : Jean-Claude Flahaut).

Daniel Labedan : TRANSATLANTIQUE (Les Carnets du dessert de lune)

Toujours dans le même esprit que le précédent, mais avec des repères sud-américains plus ancrés et un personnage principal, axial ou central dans le volume. Daniel Labedan sillonne le cône sud à moitié dans la fiction et à moitié dans le reportage. Le lecteur  est plus à même de "croire" en son récit, du fait de sa vérité apparente et d'éléments avérés. On est cette fois au bord du roman  noir avec trafiquant craignos et acolytes patibulaires. C'est Fanny Chiarello qui préface.

Fanny Chiarello : COLLIER DE NOUILLES (Carnets du dessert de lune)

Fanny Chiarello raconte plein d'histoires fort diverses avec un grand naturel et une vraie plume. La longueur n'a aucune importance, elles peuvent aller de deux lignes à plusieurs pages. Et les sujets sont les plus divers possible. Fanny Chiarello sait parler des cheveux en esthète et des insectes par exemple. Elle chasse la mouche agaçante ou fait converser des moustiques. Ce sont des scènes du quotidien, des états d'âme bien vus, de courtes fictions, des anecdotes express, des clips littéraires, des micro-fables. Ce qui fait l'unité de toutes ces cartes postales inventées, c'est le style, le côté emporte-pièce de l'écriture qui entraîne sans à-coup son lecteur. Elle n'a pas son pareil pour établir des comparaisons ou des similitudes les plus modernes et les plus exactes qui soient. Cette lucidité ne va pas sans l'humour qui va avec, ce qui achève de gagner son lecteur à sa cause, lecteur forcément séduit par cette voix si personnelle. Préface de Pierre Soletti.

 

UN DESSIN DE STEPHANIE BUTTAY.

 

Caressant.jpg

et 2 places pour un concert d'Abdullah Ibrahim que nous irons écouter ce soir à Bruxelles.

 

La soirée va être douce.

 

 

 

 

mardi, 02 septembre 2008

Offrez-vous un Collier de Nouilles

Voici ce qu'écrit le critique littéraire Ghislain Cotton dans sa rubrique Lettrines parue dans l'hebdomadaire Le Vif/l'Express du 29/08/2008 à propos du livre de Fanny Chiarello "Collier de nouilles" publié récemment dans la collection Sur la lune.

collier de nouilles.le vif.jpg

Faites-vous plaisir : Offrez-vous ce "Collier de Nouilles" préfacé par Pierre Soletti.

Demandez-le à votre libraire ou commandez-le par mail à : dessertdelune@skynet.be ou en ligne sur : http://rezolibre.com/detail.php?article=1976


jeudi, 21 août 2008

Vous ne l'avez pas encore lu ?

Pour celles et ceux qui ne se seraient pas encore plongés dans l'univers de Spiderland, le pemier roman de Jean-Marc Flahaut, une note de lecture paru dans La Voix du Nord vous donnera peut-être l'envie de vous laisser "captiver, emporter par son atmosphère surréaliste et la poésie des phrases et des situations imaginées par ce grand fan de l'américain Richard Brautigan"

Spiderland.pdf

Spiderland.jpg

(extrait)

Dimanche

M. se tient au volant de notre camionnette qui continue de faire un bruit de vieille machine à coudre malgré les réparations de l’automne dernier.
À l’arrière, Sara, notre fille, dort d’un sommeil aussi profond qu’un coma.
Avant de partir, je l’ai surprise en train de fixer de toutes ses forces les quatre murs et le plafond blanc de sa chambre.
Elle a réussi à les emmener avec nous.
Ils sont assis là, à l’arrière de la camionnette.
Amis et fantômes.

Nous sommes dimanche.
C’est l’été.
Et c’est aussi un jour d’élection.
Depuis huit heures ce matin, on vote pour élire le prochain maire.
La plupart des commerces sont ouverts pour l’occasion et ça m’enlève du coup toutes les bonnes raisons que j’avais trouvées pour ne pas sortir aujourd’hui.
Plus moyen de faire autrement désormais.
Il faut nous mettre en route et partir pour Spiderland.

Et puis comme la toile (pas celle des araignées) mais celle de l'internet est un lieu de partages, d'échanges, de rencontres, de découvertes, partagez vos impressions de lectures des récentes parutions des Carnets du Dessert de Lune et bien sûr des plus anciennes, dans une nouvelle rubrique "Dégustations de lectures" que je mettrai en ligne tout prochainement.

En quelques mots, quelques lignes à m'envoyer par mail à dessertdelune@skynet.be et que je glisserai régulièrement dans cette rubrique.

Faisons-nous plaisir !

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