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vendredi, 15 mars 2019

Deux notes de lecture pour "La quincaille des jours"

La quincaille des jours.jpg"De petits poèmes, de deux à douze vers environ. De menues notations du quotidien. De simples pensées qui affleurent à l'esprit subrepticement. Un constat minuscule qui s'achève aussitôt dans une sensation douce et tactile, par le truchement fréquent d'une comparaison. On est dans la poésie immédiate et sensible. Un peu ludique pour les enfants. Un peu plus grave pour les parents. Tout vient de bric et de broc, sommaire et pourtant bien réel. Les saisons passent. On est plutôt à la campagne, dans le Sud. On est dans les odeurs, les touchers, les goûts. On est triste, on est heureux. La vie immédiate sans artifice." © Jacmo, in revue Décharge N°181, mars 2019

Les jours passent comme un bouquet de sensations hétéroclites, une mosaïque d’instants. Francesco Pittau tente de capturer ces surgissements, ces révélations fugitives, ces presque rien ; de les piquer dans un mot, dans quelques lignes, dans un poème. Il y a l’émerveillement d’un réveil, un émerveillement dont on ne sait la cause, seulement qu’il vous emplit : Je me suis levé / réveillé par le soleil / la sieste est terminée / L’odeur du savon / à l’olive / embaume la terrasse. Des souvenirs lointains – une odeur, un toucher – reviennent à l’improviste et semblent arrêter le temps. Le poète a alors la sensation de surplomber sa vie, comme si toutes ses parties devenaient soudain simultanées. Sur la grande table / en bois de chêne / les boules de pâte / à pain / fermentaient / en répandant une petite / odeur acide. Une réflexion grave ou amusée surgit au détour d’un geste, de la vision d’un objet ordinaire devenu, par on ne sait quel mystère, à cet instant, insolite. Ainsi le poète se perd-il dans la contemplation d’un bol de limonade où flotte « un morceau de soleil acide ». Il n’ose chasser la mouche posée sur son papier de peur de troubler ses rêves. Il voit se superposer la muraille de Chine et un champ de maïs, se laisse brûler le bout des doigts par la flamme d’une allumette et regarde passer les nuages, « saoulé d’azur et de lumière ». Dans l’éclat de ces instants figés, le poète tente de retrouver la « galaxie de l’enfance », ses jeux malicieux, la naïveté de ses joies. Partout, il décèle cependant les traces d’un drame latent. J’ai suivi la ligne / ondulante des fourmis / qui m’a conduit / jusqu’à la grosse sauterelle / agonisante. La mort pose les signes infimes de sa présence. Devant la fuite continue des jours, des joies et des malheurs, le poète se voit en spectateur un peu détaché. Il est un étranger attablé à la terrasse du café de la vie. J’aime les terrasses / d’où je vois passer / avec nonchalance / ou empressement / avec colère / ou bienveillance / j’aime les terrasses / d’où je vois disparaître / au coin de la rue / en me laissant / un tout petit bout de votre vie. Lui, qui avoue préférer regarder passer les camions de pompiers de son enfance que les corbillards, ne sait s’il doit renoncer ou ignorer le temps. Il tente d’esquiver et de sourire, puis revient à l’évidence. Tu espères que tout cela / n’est qu’une blague de potache mal élevé / tu espères que tout cela va trouver une bonne fin / et je me retiens de te répondre / que tout cela n’existe pas. De nouvelles déambulations, des rêveries, des bifurcations offertes au gré des souvenirs fugitifs entraînent toutefois le poète. Pour cette poésie du quotidien, Francesco Pittau a choisi une écriture sobre, concise, parfois prosaïque. Le recueil garde la trace de ces instants fragiles, graves ou légers, qui viennent s’épingler dans la quincaille des jours. © Françoix-Xavier Lavenne in Le Carnet et les Instants mars 2019

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mardi, 12 mars 2019

Où l'on parle de L'homme que j'aime

 

L'homme que j'aime.jpgLa romancière belge Eva Kavian est une grande amoureuse. On le sait grâce à plusieurs de ses livres précédents. Mais l'amour n'est-il pas au cœur de l'existence ? De la littérature ? De la poésie ?

Bien sûr, l'amour peut donner lieu à des poèmes riquiquis, idiots, sirupeux, voire carrément mauvais. Il peut aussi engendrer un texte merveilleux comme celui de «L'homme que j'aime», écrit par Eva Kavian, illustré par Marie Campion. D'une simplicité analogue à sa force. D'une lucidité égale à sa fantaisie.

Jouant sur l'expression «Ciel mon mari», Eva Kavian la détourne à 180° pour en faire un chant d'amour à l'homme qu'elle aime. Bien sûr, ils n'ont plus vingt ans. Bien sûr, ils ne sont plus des perdreaux de l'année. Et alors ?, nous glisse-t-elle à l'oreille. On a encore le droit d'être heureux, le droit d'être amoureux. On est peut-être un peu plus sages, un peu plus réalistes. On sait peut-être un peu plus que les choses ont une fin, y compris le bonheur. Ses phrases s'inspirent du quotidien pour chanter son amour pour cet homme, dont elle répète qu'il est «son mari». Un amour qui sait de quoi les nuits et les jours sont faits mais qui n'oublie pas d'aussi s'enthousiasmer pour tous ces riens qui tressent un lien. On chemine avec ravissement dans ses mots, si justes, si doux, si peu attendus parfois, jusqu'à sa sublime conclusion.

Marie Campion ponctue le texte posé en courtes lignes sur les pages d'une série de dessins en noir et blanc qui saisissent l'essentiel des propos et les transposent dans cette autre dimension qu'est l'image.

©Lucie Cauwe in lu-cieandco.blogspot.com, 7 mars 2019.

Pour lire et voir l'article avec des illustrations de Marie Campion cliquez sur


https://lu-cieandco.blogspot.com/2019/03/quand-ciel-mon-m...

Pour découvrir ce livre cliquez sur https://www.dessertdelune.be/store/p879/L%27homme_que_j%2...